L’incomparable

Été 2009, été chaotique au niveau du boulot, qui disparait avec la crise (enfin le boulot disparait – la crise, elle, reste). Je dine avec mes parents, dans un petit restau – ma mère profite que mon père se soit éclipsé pour me poser l’éternelle question : et pour les enfants, vous en êtes où ?

Moi qui ne veut pas me lancer dans les prises en charges médicales – c’est trop lourd, c’est trop dur à accepter, et comment en sortir indemne si en plus du reste ça ne marche pas ? Comment accepter de mourir un peu plus chaque jour, à coup d’hormones qui nous détruisent pour peut-être (mais c’est vraiment pas sûr, hein !) avoir le bonheur de donner la vie un jour ? Je ne lui dis pas tout ça – je ne lui dis pas grand-chose en fait, comme toujours.

Et je l’entends me dire ce qu’elle a « fait pour moi » – que quand son amie médecin lui a fait la morale en lui disant qu’être enceinte à 37 ans, ce n’était vraiment pas très sage, elle m’a « gardée quand même »… et que quelque part, je pourrais bien, moi aussi, faire un petit effort pour mes enfants…

Et je me liquéfie ; et je ne sais pas quoi répondre, c’est tellement énorme. J’ai envie de lui dire que c’est moi qui souffre, que c’est moi qui n’aurai peut-être jamais d’enfants, moi qui (elle le sait tellement) en ai toujours rêvé, qu’elle-même a déjà 3 enfants, 4 petits-enfants, qu’elle n’a pas le droit de me dire des choses pareilles. Mais je ne sais pas parler à ma mère. Et mon père revient. Et le sujet est clos.

Et je reste avec cette douleur au fond de moi, une de plus. Mais je sais que je m’en suis nourrie, et que j’ai pu avancer mieux, plus loin – couper un peu plus ce cordon, qui reste si tenace…

Je n’ai même pas relevé sur le coup l’autre versant du « gardée quand même » ; ce n’est venu que bien plus tard : ah, parce que je suis arrivée par hasard ? et j’aurais pu ne pas rester ? Mais ceci est un autre sujet.

Publicités
Cet article a été publié dans Ces moments-là, Flashbacks. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour L’incomparable

  1. Barbidou dit :

    Evidemment c’est incomparable.
    Je ne sais pas parler à ma mère de la PMA. Ce que je saisn c’est qu’elle s’inquiète de l’impact de ces hormones sur ma santé. Je ne lui parle pas du coté « psychique », elle ne comprendrait pas pourquoi je « m’acharbe » à avoir ce deuxième.
    Ta dernière reflexion …. tu es là..point barre.

  2. Kaymet dit :

    Depuis, j’ai réussi à en parler un peu plus – lui expliquer que ce n’était pas si simple (les seuls exemples qu’elle connaît se sont terminés avec des jumeaux, et elle ne sait rien des parcours), mais qu’on s’y est mis quand même, tout ça. Mais bon, ça reste difficile… le lien mère-fille, c’est quelque chose quand même.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s