Des nœuds au cerveau

« Concilier travail et enfant : Réussir à mener de front vie professionnelle et vie familiale reste difficile pour de nombreuses femmes. » « A l’heure des 35 heures, comment les femmes font-elles pour concilier enfants et travail ? » « Pas toujours facile de concilier famille et vie professionnelle. Quelles sont vos astuces au quotidien ? »

Classiques titres et réflexions qui font la une des journaux féminins. Forcément, ça concerne beaucoup de monde.

Et bien moi je dis : c’est pas plus facile de bosser quand on est infertile que de bosser quand on a des gosses !

D’abord parce que les piqûres et tout ce qui s’ensuit ne sont pas toujours compatibles avec les horaires de boulot – et qu’en plus, il faut souvent jongler sans pouvoir expliquer le pourquoi de la chose (alors que qui aurait l’idée de cacher à son boss qu’il/elle a des enfants, tout en essayant de gérer les horaires d’ouverture de la crèche ou de l’école ??).

Et puis mine de rien, le stress, les hormones, les échecs… tout ça joue non seulement sur le moral, mais aussi sur la motivation en général, y compris la motivation côté pro, forcément, même si le boulot est intéressant. Le vide d’enfants a tendance à grignoter insidieusement les réserves d’énergie. C’est difficile de ne faire avancer qu’une partie de sa vie, pendant qu’une autre – essentielle – stagne…

Mais qui serait intéressé par un titre comme « Concilier travail et infertilité » ou « Comment les femmes font-elles pour gérer FIV et boulot ? »
Tout de suite, c’est moins accrocheur, c’est sûr. Et puis, mine de rien, ça reste un sujet tabou – on ne voudrait surtout pas faire peur aux gens, en leur faisant croire que ça pourrait leur arriver.

Ceci dit, il y a au moins une personne qui travaille sur le sujet en France (sachant que je n’ai pas fait une recherche exhaustive, loin de là !) : Irène-Lucile Hertzog*, doctorante en sociologie, qui a publié des études que je n’ai pas lues (il faut les acheter), mais dont les titres sont parlants : « Travail féminin et procréation médicalement assistée : une articulation stratégique. » ; « Femmes actives et assistance médicale à la procréation – La réalisation de soi doublement fragilisée ».

Pour ma part, aujourd’hui, je suis une privilégiée de ce côté-là puisque je travaille à mon compte. N’empêche… n’empêche que ces temps-ci on parle beaucoup Mr et moi de ce qu’on va faire l’an prochain (même potentiellement dans 6 mois) – et qu’à peu près la seule motivation qui nous ferait rester ici est celle de continuer plus facilement les protocoles médicaux… bon ce n’est pas négligeable, certes, mais ce n’est pas non plus bon que ça impacte autant nos choix de vie.

Et si on part, je rechercherai sûrement un boulot salarié – et là, j’ai un peu l’impression de retourner des années à arrière, à me demander mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir dire en entretien d’embauche ?

  • Option 1 : Je fais semblant de rien, et prends le ‘risque’ de tomber enceinte ‘accidentellement’ (bon accidentellement par FIV, c’est pas facile…) peu de temps après mon embauche. C’est certainement pas une situation qui me plairait, je me sentirais limite malhonnête… et puis évidemment ça veut dire entrer dans le ‘jonglage’ quotidien décrit ci-dessus !
  • Option 2 : Je prends les devants en parlant de tout ça en entretien. Euh… on n’est pas chez les bisounours, même si je tombe sur des gens ouverts et corrects, ça jouera forcément sur leur décision – d’autant plus que le poste que j’ai en tête (oui parce que là c’est concret – il est possible que je postule genre la semaine prochaine) est un poste où il faut gérer une équipe, et c’est sur 3 ans seulement, donc pas évident d’avoir cette approche-là. Ceci dit, il y a 5 ans, j’avais déjà parlé de notre projet d’enfants en entretien d’embauche (oui l’honnêteté fait partie de mes valeurs… parfois un peu trop sans doute), parce que je ne voulais pas me retrouver dans l’option 1 ci-dessus – sauf qu’à l’époque on était en essais naturels, c’est pas pareil ; et puis j’ai un ‘super’ souvenir de ce que m’avait répondu mon charmant futur boss de l’époque (un anglo-saxon) : « shit happens »…
  • Option 3 : Je ne postule pas, en me disant que ma priorité c’est les enfants et tant pis pour le boulot. Mais alors si ça marche pas côté enfants, j’aurai tout gagné… et puis ça fait ch*$# à la fin – y’en a marre que l’infertilité mette des freins dans la vie à tout bout de champ !!

Bon aujourd’hui j’en suis juste à envisager un poste – je n’ai pas encore envoyé ma candidature – et donc je suis encore bien loin d’être prise ne serait-ce qu’en entretien – mais je me prends déjà la tête à cause de cette infertilité à la noix !!!!!

Aller, faut juste que j’arrête de me projeter dans des complications inutiles. On verra bien ce qui arrivera. Mais qu’on ne me dise pas combien c’est dur de concilier travail et enfant…

*S’il y en a que le sujet intéresse – j’ai trouvé un article d’elle qui est dispo en ligne. Le titre est moins évocateur (pour la non-spécialiste que je suis en tout cas), mais ça parle de la même chose – je n’ai pas encore eu le temps de le lire: « La confiance : entre l’hubris de l’attente managériale et l’incommensurable des relations professionnelles »

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19 commentaires pour Des nœuds au cerveau

  1. Lulu dit :

    Merci pour l’article, je le lirai. Ça m’a l’air très intéressant !
    C’est clair qu’en PMA, nous nous torturons l’esprit sans cesse.
    Personnellement, depuis septembre, il m’est très difficile de jongler entre les rv médicaux et mon boulot : comment expliquer, comment dire l’inavouable ?
    Je n’ai pas de solution. J’ai juste envie de te dire que c’est déjà assez compliqué comme ça, au quotidien… Alors, n’anticipons pas davantage sur le pire qui pourrait arriver, ce qu’on va dire ou faire dans tel ou tel cas. Ne nous arrêtons pas sur des scénarios catastrophes (pour ça, je ne manque jamais d’imagination) en pensant systématiquement au pire.
    En vérité, tout cela est plus facile à dire qu’à appliquer au quotidien, surtout quand, comme tu l’expliques, il y a pareil enjeu… Mais je crois qu’il est dommage de ne pas « avancer » dans sa vie parce qu’on est dans un parcours difficile.
    Bises.

    • Kaymet dit :

      Merci Lulu – je suis d’accord avec toi: pourquoi est-ce qu’on n’avancerait pas dans la vie en plus du reste? Même si bien sûr ce n’est pas facile tous les jours de gérer tout ça. Et on n’a pas non plus toujours envie d’étaler notre vie personnelle sur la table.
      Courage pour ton quotidien à toi.
      Bises
      NB: ton commentaire s’était perdu dans les indésirables, je ne sais pourquoi – mais je l’ai repêché dès que je m’en suis aperçue!!!

  2. Apo dit :

    Indépendante aussi, parfois je me dis que c’est plus « facile » car pas trop à expliquer et pas a jongler avec les horaires, parfois je me dis que c’est plus difficile parce qu’on travaille sans filet et que si on n’est pas trop present et réactif, on est vite oubliée! Par rapport à tes interrogations, je ne suis malheureusement pas sûre qu’un employeur potentiel soit prêt à entendre, accepter et ne pas voir d’un mauvais œil ton honnêteté! Sauf si il où elle est passe par la… Mais pas facile à savoir! Par contre, pourquoi ne pourrais tu pas continuer à bosser en independante ailleurs? Bises et bon courage il faut essayer de faire en sorte que l’infertilité ne nous bloque pas dans tout, c’est déjà assez difficile PME sans accumuler les frustrations! Bises. Apo

    • Kaymet dit :

      En gros si on retourne à Paris, j’aurai besoin d’un salaire régulier , alors que là je bosse sur des projets où je suis payée une ou deux fois par an (mais ici c’est plutôt un ‘bonus’ car le salaire de Mr nous suffit). C’est aussi un des côtés plus risqués de ce statut: comme tu dis, c’est sans filet. Mais en même temps, c’est plutôt bien de pouvoir se poser ce genre de question aussi, j’en ai bien conscience – avoir plusieurs options à envisager côté boulot c’est pas toujours possible.
      Merci en tout cas. Bises

  3. Bellebretagne dit :

    Si tu venais à reprendre un emploi salarié, ne te pose pas de questions. Tu postules et tu vois ce qui se passe ! Et si tu tombe enceinte, comme a si bien dit ton boss « shit happens », ou comme dirait George, « so what? ». Mais tu ne dis pas que c’est ton projet actuel !!! Est-ce qu’on demande aux mecs s’ils comptent devenir père prochainement ? Non, alors les femmes n’ont pas à répondre à cette question, ou alors servir la réponse attendu.
    Et toc !

    • Kaymet dit :

      Oui je crois que t’as raison. C’est aussi un peu la conclusion à laquelle on est arrivés en en reparlant ce soir. Je postule, je dis rien, et on verra bien ce qui se passe. Pas la peine de s’inventer d’hypothétiques barrières là où il n’y en a pas (encore!).
      Et pour le parallèle avec les hommes, c’est clair, y’a pas de raison finalement!!!
      Merci 🙂

  4. Apo dit :

    Bien dit Belle Bretagne. On ne demande pas a un mec trentenaire et sans enfant s’il compte devenir père… Je n’ai jamais été « féministe » ou en tout cas à penser avec ce style de réflexion sauf depuis …la pma, 1er endroit ou j’ai vraiment ressenti de la misogynie de bas étage. Bon courage à nous toutes!

  5. gaelle dit :

    Belle de Bretagne a bien raison. Ca me rappelle que j’ai déjà répondu à un entretien « biologiquement ce sont les femmes qui portent les enfants » (un utérus en somme). Bon, je vous l’accorde c’est cash, mais c’est vrai, et au moins l’employeur est sur que sa future employé est franche… J’ai été prise, pas que pour çà bien entendu, mais « à question déstabilisante, réponse déstabilisante » … Allez, suis les bons conseils d’Apo et de Belle, tu auras tout le temps d’y penser après l’entretien, car finalement même en étant prise c’est toujours toi qui a la dernière décision et fait le choix: j’accepte ou non. Bon courage !

    • Kaymet dit :

      Je trouve ça toujours tellement fou que ce type de question surgisse pendant les entretiens – et ça m’est arrivé plus d’une fois!
      Oui tu as raison, je verrai bien le jour où la question se posera vraiment. Sachant qu’en plus j’en suis encore bien loin!!

  6. Pix dit :

    Bonjour, je suis d’accord également avec Belle de Bretagne, personne ne demande aux hommes, alors pourquoi demander aux femmes?!
    Moi aussi je travaille a mon compte, je fais ce que je veux, mais pour le travail de chéri c’est très compliqué, c’est même la galère.
    finalement c’est plus compliqué de gerer « boulot et pma » que « enfants et boulot »

    • Kaymet dit :

      Oui c’est vrai pour les hommes aussi c’est la galère! Le mien a fini par expliquer à sa chef la raison des demi-journées à répétition posées à la dernière minute, mais ce n’était pas de gaieté de cœur.
      Bon courage à vous deux.

  7. MDamePMA dit :

    De blog en blog me voici sur le tien…. Nice to meet you (en d’autres circonstances c’eût été mieux mais bon).
    Je serais curieuse de lire les études dont tu parles… Et de les montrer également aux médecins des centres PMA, toujours en retard avec des gros yeux du genre « moi je travaille »… ça mettait vraiment une ambiance super pesante dans mon centre (qui ouvre à 6h30 pour permettre de vivre pma et boulot, sauf que les médecins n’étaient jamais à l’heure).
    Pour le boulot, je suis prof et dès l’instant où j’ai su que nous allions commencer les iac je suis allée trouver le dirlo pour lui dire « j’aurai des retards, beaucoup, mais c’est comme ça » (pourtant je suis plutôt du genre ultra fidèle au poste etc.). Ce dont il a été fort étonné d’ailleurs (que je lui en parle a priori).
    Mais lors d’un entretien je ne sais pas si je l’aurais dit… En tous cas face à mon directeur c’est parce que je me suis dit « autant oser un bon coup plutôt que de me sentir gênée un matin sur deux », mais mon engagement n’était pas en jeu.
    Pour la comparaison avec les mamans (que je suis devenue d’ailleurs), en fait c’est juste que, ma mioche qui me fatigue, c’est de la vie en perfusion et que la vie c’est fatigant. Et pi je l’ai voulu…
    La PMA, c’était du désespoir en perfusion, en plus des horaires débiles. Et j’ai rien demandé…
    Être passée par là, et savoir que je vais y repasser d’ailleurs, aura au moins permis de me donner un éclairage optimiste sur tous les emmerdements de grossesse et de maternité-même si ça a des côtés parfois difficiles, bien sûr.
    Je file continuer à te lire.

    • Kaymet dit :

      Enchantée MDame PMA! 🙂
      Je pense qu’en effet, lorsqu’on est en poste (et quand le courant passe suffisamment bien), il est important d’en parler à sa hiérarchie d’une manière ou d’une autre pour justifier tout le manège que la PMA implique.
      J’aime beaucoup ton parallèle: vie en perfusion, voulue / désespoir en perfusion, rien demandé. C’est très juste je trouve.

      Pour ce qui est d’en lire plus de l’auteur en question, en bas de page du billet j’ai mis un lien vers l’article téléchargeable. D’ailleurs, tiens, voici un petit extrait pour le fun: « Nulle obligation, bien sûr, de parler de la médicalisation de l’infertilité de son couple au travail. Mais garder cette réalité secrète dans un univers professionnel habité par une authentique tyrannie de la visibilité, poussant les individus à « rendre compte avec précision non pas tant de ce qu’ils ont fait, mais de ce qu’ils sont en train de faire dans le moment
      présent, et tout autant de ce qu’ils envisagent de faire » (Haroche, 2010, p. 55) devient vite suspect. Retards aléatoires, absences courtes mais régulières, réception de coups de fil médicaux au travail, attention baladeuse ou humeur versatile au gré des traitements hormonaux offrent l’image d’une employée au mieux désinvolte, au pire déloyale. Malgré elles, les salariées concernées par cette difficile articulation entre vie professionnelle et projet médicalisé de maternité n’inspirent plus confiance : elles ne sont plus considérées comme “fiables” et deviennent des éléments perturbateurs sur lesquels on ne peut plus compter. »

  8. J’avais postulé l’an dernier pour un super poste juste après ma FC. Et finalement la PMA m’a rattrapée, je n’ai pas donné suite car si j’avais eu une grossesse spontanée ou suite à une FIV, ça m’aurait semblée malhonnête. Et vu les tâches qui m’attendaient (si j’avais été prise), je n’aurais aps pu y câler mes RDV, mes FIV etc. Bref, je suis obligée de rester là où je suis, je n’aime pas ce que je fais mais je connais, j’ai beaucoup de souplesse, je ne me tracasse plus pour y câler mes FIV. Viendra un temps (très vite) où la PMA se finira et là je pourrais très vite m’y remettre. Oui, la PMA, c’est mettre un peu de sa vie entre parenthèses (et surtout sa vie pro).

    • Kaymet dit :

      C’est très délicat de trouver le bon équilibre dans tout ça, sur la longueur… j’ai l’impression qu’il y a déjà tellement de choses entre parenthèses. J’ai décidé de postuler quand même, je verrai bien si ça aboutit ou pas. J’aurai bien le temps de me (re)poser la question à ce moment-là.
      Je te souhaite que la PMA se termine très vite pour toi, mais pour une très très bonne raison, qui enchaîne sur 9 mois de nausées et de nombreuses années de bonheur (j’ai quand même un pari à gagner moi ;))

  9. Je te lis en sous marin depuis peu et ton article a fait écho en moi. Je suis dans un job ou clairement mon patron est content que j n suis pas enceinte, c est une de ses plus grandes peut et il me demande régulièrement sur le ton de la plaisanterie si je le suis. C est archi nulle comme mentalité et j ai envie de me casser.
    Mais le désir d enfant me rattrape…j n ai pas envie d arriver dans un post et (on n sait jamais hein) être enceinte en période d essai. Surtout je travaille dans un milieu de requin j en ai vu se faire licencier pour moins que ça …
    Je voulais en parler aux entretiens d embauche pour jouer franc jeu on verra si j trouve le cran …
    Et puis d un autre côté j m dis que dans ma boîte les horaires sont cools, j peux m absEnter quand je veux et le boulot est pas trop speed. Idéal pour une grossesse (même si le boss fera la gueule)
    Mais le truc c est quand cette bordel de grossesse va arriver, est ce que je vais attendre et mettre la vie pro entre parenthèse encore lgtps sachant que je n suis pas sûre d tenir à ce poste encore des mois voire année car j m embête au possible ! C est dur pour nous les femmes de concilier notre désir de maternité et notre carrière professionnelle !

    • Kaymet dit :

      Bienvenue par ici Sophie!
      Ca ressemble pas mal à du harcèlement de ce que tu vis avec ton patron quand même… En même temps, s’il n’arrête pas de te le demander, il ne cessera d’être stressé par cette incertitude que le jour où tu lui annonceras qu’effectivement tu es enceinte… (après il sera stressé pour d’autres raisons, mais ça c’est son problème). Et d’ailleurs, lui, il en a des enfants? Si oui, ça ne lui a pas posé de problème que sa femme tombe enceinte j’imagine!
      Je trouve ça vraiment très dur comme problématique pour les femmes. Il faut qu’on arrive à concevoir notre projet d’enfants (dans tous les sens du terme d’ailleurs!) en se détachant de la situation pro et en n’essayant surtout pas de caser une grossesse ‘au bon moment’, parce que ce bon moment n’arrivera pas – ou alors c’est la grossesse qui se fera désirer. Mais ce que c’est dur…
      Courage à toi!

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