Le deuil du rien

Hurler, crier, pleurer, vomir, mourir un peu. Tout ça sans faire de bruit, sans verser une seule larme, sans même être malade. C’est le deuil du rien, de l’absence. Personne n’est mort ; personne n’est même né – c’est bien là le souci. Alors on ne s’autorise même pas le deuil, car qui pourrait comprendre. Comme ce rien, tout reste scotché à l’intérieur, enfermé à double tour.

Comment expliquer la douleur de l’absence et le poids de l’incertitude ? Comment faire comprendre que l’envie ne passe pas comme ça, que c’est viscéral, qu’on ne peut pas ‘en profiter’ pour s’amuser, partir en week-end, sortir – parce qu’on n’a pas envie de profiter, plus envie, plus d’envies. Qu’il faut se forcer à faire des choses, qu’on tourne en rond, que pas grand-chose n’a de sens. Plus en vie…

Ce n’est pas un deuil, c’est tout un tas de deuils, les uns à la suite des autres, comme pour s’enfoncer un peu plus à chaque fois. Chaque étape est un deuil, le deuil de la vie telle qu’on l’avait imaginée : le deuil de l’enfant qui ne viendra pas quand on l’aurait souhaité ; le deuil du bébé couette et l’acceptation du recours à la médecine ; le deuil de chaque échec ; le deuil de la ‘simple’ PMA des IACs ; et tant d’autres étapes de deuil, déjà vécues par d’autres, et qui restent suspendues au-dessus de nos têtes, comme une épée de Damoclès.

Quand ça dure longtemps, on ne se souvient même plus de comment c’était avant, quand on n’y pensait pas, quand on croyait que ça allait de soi. Je ne me souviens pas de l’insouciance, je ne sais plus si je suis vraiment passée par là ou pas. J’ai l’impression que ce tunnel a toujours été, alors comment croire qu’il puisse y avoir une sortie ?

Retrouver le courage ; il doit être là, quelque part.

Je me sens tellement fatiguée par tout ça.

‘Chaque jour sans lever les yeux. La tâche est là, rituelle, évidente. Si dérisoire, si souvent. Longtemps, ô si longtemps rien ne semble changer. Il faut rester les yeux rivés au sol. Quelque part une aube se prépare.’

Le courage dans Fragiles, Philippe Delerm

 

J’ai parfois envie d’hurler ma fatigue, comme lui.

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25 commentaires pour Le deuil du rien

  1. bleudorage dit :

    Courage, tous les deuils sont difficiles, moi le pire a été celui de la première IAC …

  2. La fille dit :

    Je ne me souviens plus non plus comment c’était avant. Avant le désir d’enfant, avant de savoir qu’on aller passer par la PMA. Je ne crois pas qu’on puisse faire de deuil, du moins tant qu’on ne connait pas la fin de l’histoire.

    • Kaymet dit :

      Faire le deuil entièrement non, je ne pense pas. Mais j’ai l’impression de vivre des petits bouts de deuil par ci par là, et que comme tu dis, ça ne se finira pas tant qu’on ne connaitra pas la fin de l’histoire.

  3. Choupinette dit :

    Les deuils je crois que c’est mon quotidien… le bébé couette, les IAC, les FIV et notre fille, notre jolie Elsa… Moi non plus je ne me souviens plus de l’avant, de ce monde de bisounours… aujourd’hui j’ai le sentiment de me battre sans cesse pour ne pas perdre pied, pour avoir cette revanche sur la vie, celle qui m’a tellement meurtri.
    Courage ma belle et j’espère du fond du coeur que le soleil brillera rapidement chez toi.
    Plein de bisous

  4. Apo dit :

    C’est tellement dur, oui, ce deuil du rien, que personne ne peut comprendre, voir. Ce manque d’envies, de vie qui peu à peu envahit le coeur et le quotidien… Et cette épée de Damoclès que j’appelle moi le gros nuage noir qui à chaque instant assombrit le tableau même si c’est censé être un bon moment. Et cette envie de hurler contre les autres, qui se plaignent de tout tout le temps: hier mon nouveau voisin, un sombre crétin, qui lors de l’AG nous sort que 2011 a été une année atroce, ben oui, quoi ils ont emménagé dans un nouvel appart et eu un bébé, c’est fatiguant vous comprenez… Et là l’envie de lui cracher à la gueule, en lui disant que nous, entre fin 2011 et début 2012, ce sont 3 embryons qui se sont perdus, des litres de larmes qui se sont écoulées, notre vie qui a été ébranlée par les échecs et le doute d’y arriver un jour… Courage à toi, nous passons toutes par là et parfois y sombrons quelques temps. J’espère seulement que nous n’allons pas y rester et retrouver le goût et l’envie avec la réussite de nos futurs essais (miracle ou fiv…). Apo

    • Kaymet dit :

      Merci Apo – je crois que c’est un des trucs les plus difficiles à vivre quand de voir que ceux qui ont des enfants ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Et des réflexions comme celles de ton voisin… je serais bien venue t’aider à lui faire bouffer ses plaintes à la con. Je sais bien que les enfants c’est fatigant, mais de là à dire que c’était atroce – s’il en veut pas de ses gosses, on saurait quoi en faire nous…
      En tout cas, je te souhaite aussi tout plein de courage et surtout une réussite pour très bientôt.

  5. DraZS dit :

    Bonjour,
    Faire le dueil du rien, pour moi c’est tellement abtrait, difficile de faire le dueil de quelque chose qui n’existe pas, du rien….
    Pourtant j’ai bel et bien fais le dueil d’un bébé couette, de toute façon pas le choix.
    Je me souviens encore du temps de l’insouciance, des éssais bébé couette, certainement parce que ça ne fait qu’un an que je suis en pma, ça ma manque parfois….
    Pour moi ce n’est que le début de « l’aventure pma » je me sens déjà seule, enfin seuls à deux, avec nos peurs, nos questionnements, nos doutes, sans personne autour de nous pour comprendre, pour certains la fiv ou l’iad, ça fonctionne a chaque fois, alors pourquoi s’inquiéter?! Pour d’autres on a peu de chance d’être parents, mais ne nous épaulent pas….
    Je vous souhaite à toutes que le bohneur frappe a votre porte

    • Kaymet dit :

      Bonjour DraZS, et bienvenue par ici! Un an de PMA c’est déjà beaucoup, et on se sent vite isolés dans ce parcours. Mais tu n’es pas seule – vous n’êtes pas seuls. On est très nombreux à passer par là, et même si on ne se connaît pas, on est là pour s’épauler. Alors n’hésite pas à venir en dire plus sur ton parcours et donner de tes nouvelles, qui j’espère seront bonnes très vite.
      Bises

  6. barbidou dit :

    C’est une violence, un traumatisme que cette PMA quand les échecs et les déceptions se suivent.
    ET à chaque fois, sombrer et à chaque fois, se relever.
    J’espère te voir très vite avec moi sur l’autre rive.
    Le courage tu l’as en toi, dans cette promesse de bonheur.
    Bisous

    • Kaymet dit :

      Merci Barbidou. Le courage est là c’est vrai. Ces derniers temps il s’était un peu fait la malle, mais il a parfois besoin de se ressourcer aussi, et je crois qu’il est en train de revenir.
      Bises

  7. Lulu dit :

    Très chère Kaymet, tes mots m’émeuvent à un point… Tu n’as pas idée.
    Ce que tu dis, c’est ce que je ressens tellement fort tout au fond de moi. Toutes les étapes et surtout tous les échecs sont terriblement douloureux à vivre en PMA.
    Pour moi, le plus difficile a été de renoncer au bébé couette lorsque ma gynéco de famille (après des tas d’examens et la confirmation de mon insuffisance ovarienne) nous a dit : « je suis désolée mais je ne peux rien pour vous, je vous envoie vers une consœur spécialiste infertilité, voyez avec elle si elle veut bien vous accepter en PMA ».
    Aujourd’hui, ma plus grande inquiétude, c’est de ne peut-être jamais avoir d’enfant et surtout, comme tu l’expliques, de ne pas savoir, d’être dans cette incertitude.
    Courage. Je t’embrasse.

    • Kaymet dit :

      Je te souhaite aussi beaucoup de courage Lulu – c’est qu’il nous en faut!! On ne sait pas vers quoi on va, mais d’une manière ou d’une autre, il faudra que ce soit bien.
      Bises

  8. irouwen dit :

    Je voulais tellement retrouver mon insouciance perdue, sortir des sombres limbes des échecs. dans le même temps j’étais en lutte contre les propositions des médecins pma, mais ça aussi je voulais en sortir. Finalement mon grand âge m’a aidé à prendre une nouvelle voie, à sortir de ce cercle infernal des peu ou pas de chances avec mes propres ovocyte. Faire le deuil de cet enfant de mes gènes, pas simple, mais qu’est-ce que je voulais le plus : avoir des enfants, donc l’histoire des gènes est passée après.
    Mais si j’avais été plus jeune, je pense que nous aurions tenté encore une Fiv ou deux avec mes ovocytes. Ce n’est pas simple comme situation, mais il savoir ne pas bercer d’illusions. illusions auxquelles on veut croire, qui peuvent finalement nous éloigner de notre but premier.
    Je ne sais pas si c’est très clair comme exposé.
    Mais je te souhaite de retrouver rapidement une certaine forme d’insouciance, car celle d’avant ne reviendra pas, mais il en existe d’autres.

    • Kaymet dit :

      C’est vrai qu’il ne faut pas se cacher derrière de faux espoirs qui ne seraient là que pour se voiler un peu la face sur la réalité des choses… De notre côté, on va tout juste démarrer les FIV, en espérant qu’elles nous mèneront à nos enfants.
      Pour ce qui est de l’insouciance, d’une certaine façon, plus généralement, c’est un peu comme rechercher l’insouciance de l’enfance, c’est utopique – mais comme tu dis, il y a d’autres façon de la vivre, une sérénité à trouver.
      Merci Irouwen. Je suis très touchée que tu prennes le temps de venir échanger ici, au milieu de toutes des douleurs du moment! Plus que quelques jours…
      Bises

  9. Mlle Pimp dit :

    le deuil du rien ! le deuil du tout ! le deuil quel qu’il soit est une épreuve terrible de la vie.. les phases se succèdent et sont difficiles. Il me semble que vous êtes dans la phase la plus difficile de dépression qui est normale avant d’arriver dans l’acceptation. Je ne peux que vous dire courage et croyez moi, la nature humaine est bien faite… le temps et lui seul vous apprendra, vous fera accepter l’inacceptable. Rien ne sera comme avant, rien ne sera oublié, vous apprendrez à vivre avec sans en souffrir. J’espère que très vite vous apprécierez le présent et vous projetterez dans votre futur que vous n’aviez pas envisagé et qui, même différent, sera tout aussi beau… espoir ! espoir ! il faut toujours y croire…

    • Kaymet dit :

      Merci Mlle Pimp de venir me soutenir et m’encourager. Le courage est comme un vague, qui recule et qui revient. Et je le sens qui est sur le retour.
      Je vous souhaite aussi tout plein de belles choses.

  10. Kakrine dit :

    Kaymet,
    tes mots sont d’une infinie justesse, même s’ils expriment des choses douloureuses…
    je te souhaite de retrouver le courage de faire face, j’espère que le RV avec votre équipe médicale vous aura reboostés…
    Bises
    Kakrine

    • Kaymet dit :

      Kakrine, ça me fait plaisir de te lire ici.
      Merci pour tes mots. Notre rdv de jeudi nous a en effet fait beaucoup de bien; même s’il faut encore attendre, c’est du concret et on a l’impression d’avancer quand même.
      Pour toi aussi ‘quelque part une aube se prépare’…
      Bises

  11. Alyzeeduvar dit :

    Je me souviens de l’échec de notre 1ère FIV. Et oui, nous sommes passés directement par la case FIV avec le nombre de tentatives globales fortement diminuées. Seulement 4 petits essais possibles.
    Donc 1er échec (et seul Dieu merci!). Nous étions en vacances. Nous dormons dans la même pièce que le fils démon conjoint. Je viens de découvrir mes 1ers saignements. Saignements importants. Je me couche en sanglots en disant à mon homme « c’est mort! ». Son fils s’inquiète pour moi. Nous lui avons caché les vraies raisons de ma fatigue des jours précédents. « quelqu’un est mort? Quelqu’un de ta famille est mort? » trop mignon ce bout de chou. Les jours suivants, j’ai eu l’impression de me vider. J’ai aussi vécu cette épreuve comme un deuil, avec une envie féroce de non communiquer, de me murer dans un silence obstiné, refusant le dialogue avec beaucoup de personnes.
    Courage!

    • Kaymet dit :

      Ca n’a pas dû être facile avec (en plus du reste bien sûr) le petit bonhomme autour de toi… mais sa réflexion est touchante, et il n’a pas l’air d’un petit ‘démon’… comme semble le suggérer ton clavier ;).
      Plus que quelques jours et il sera grand frère d’un beau petit Rocky!
      Bises

  12. Alyzeeduvar dit :

    Non, ce n’est pas du tout un petit démon. C’est un adorable petit bonhomme, hypersensible, inquiet pour ceux qu’il aime et soucieux du bonheur de son papa, et hyper content d’avoir Rocky comme futur petit frère. Sa réflexion sur le fait de ne pas avoir encore d’enfants était plutôt parce que dans son schéma à lui, c’est : on s’aime, on se marie et on fait des enfants. Comme si le fait qu’il y ait un ordre dans les choses le rassure en tant qu’enfant. Bref, il est trop mimi. Allez! Vous aussi, vous l’aurez votre petit ange!!

  13. Ping : Un autre deuil | unenfantpeutetre

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