En parler… ou pas

C’est une constante dans nos ‘échanges entre infertiles’ : parler de l’infertilité avec ceux qui ne sont pas concernés, c’est souvent un challenge. Mais il y a un pan de possibles dans cette histoire qui me semble particulièrement difficile à aborder. Non pas que j’en aie réellement besoin la plupart du temps, mais ça arrive – et ce pan c’est : ‘et si ça ne marchait jamais ?’

En règle générale, je cherche plutôt à rester concentrée sur le côté espoir des proba, car si je n’y croyais pas j’aurais bien du mal à continuer. Mais parfois j’ai besoin d’envisager aussi l’autre côté. Parce que ça peut arriver, malheureusement. Et parce que si ça devait arriver, je ne voudrais pas tout d’un coup, brutalement, basculer dans un monde tabou ‘dont on ne parle pas’.

A part sur ce blog, je crois n’avoir abordé le sujet qu’à de très rares occasions : quelques fois avec Mr (car ça fait aussi partie de notre construction de couple), et maxi une ou deux fois avec des amis. Et là, côté amis, la réaction était catégorique: hors de question d’envisager cette fin. Je comprends bien que ça vient d’un bon sentiment, le souhait de soutenir, d’encourager, d’aider à ne pas baisser les bras. Mais nier cette possibilité ne me convient pas.  La part de moi qui a peur, qui doute, a besoin de savoir que ce ne serait pas non plus la fin du monde, que la vie continuerait. Et mon côté empathique ne me permet pas de passer sous silence la réalité à laquelle doivent déjà faire face d’autres femmes, qui souvent se retrouvent alors bien démunies – leur couple est lâché par le monde médical, qui ‘ne peut plus rien faire pour eux’, et les laisse face à des choix cornéliens sur jusqu’où doit-on, peut-on aller, chacun en fonction de ses circonstances propres…

J’ai déjà parlé des forums anglo-saxons par ces femmes qui sont ‘passées de l’autre côté’, du côté obscur en quelque sorte… Je continue à trouver beaucoup d’intérêt dans cette lecture et dans les retours des unes et des autres. Et à la fois, je me sens pas directement concernée – je ne suis pas ‘l’une d’elles’ ; pas encore du moins, et j’espère ne jamais l’être, car bien sûr, comme toutes le long du parcours, j’espère une autre fin. Mais leurs témoignages me nourrissent d’une autre façon, font ressortir d’autres enjeux, d’autres impacts de l’infertilité que je n’avais pas toujours en tête – parfois positifs d’ailleurs, mais généralement difficiles – avec cet éclairage de femmes déjà ‘un cran plus loin’, souvent dans la cinquantaine.

Parfois j’aimerais pouvoir parler de tout ça – de l’infertilité, de la possible non-maternité, et aussi d’ailleurs d’autres sujets tels que de l’éducation des enfants (sujet sur lequel les infertiles n’ont généralement pas droit au chapitre, ou ne se le donnent pas), de toutes ces choses si délicates ; pouvoir en parler sans tabous et sans peur de blesser, en toute simplicité.

‘I have a dream, that one day…’ on pourra échanger, partager, toutes ensemble, quelles que soient nos situations du moment, dans le respect le plus profond des besoins de chacune, pour se soutenir tout simplement.

 

En attendant, parfois je me sens dans mon petit monde, coupée du reste – comme eux.

J’aime d’ailleurs assez la comparaison, car avant d’aller rencontrer ces singes il y a quelques semaines avec Mr (dans un super parc pas loin de chez nous, avec plein de petits singes en liberté), on s’est amusés avec un petit test en ligne pour savoir de quel singe du parc notre caractère est le plus proche – et bien je vous le donne en mille : il parait que je suis comme Sandy, l’orang-goutan(e)…

Quant à Mr, il serait comme ‘t Jonge, le petit capucin – on forme un drôle de couple, non ?

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16 commentaires pour En parler… ou pas

  1. Lily dit :

    Je trouve que tu as raison d’y penser et d’en parler. Il ne faudrait pas faire de ce projet bébé une question de vie ou de mort, même si c’est difficile. Quand mon chéri m’a parlé d’adoption il y a quelques mois, j’ai été soulagée. Depuis, je pense à l’adoption tout en continuant mon parcours PMA. L’un n’empêche pas l’autre, au contraire dixit ma psy.
    Bises,
    Lily.
    http://mamansansbb.wordpress.com

    • Kaymet dit :

      Je crois que la clé c’est d’avoir des projets, d’autres projets, de ne pas tout miser ‘sur un seul cheval’ si je puis dire…
      Nous aussi on pense beaucoup à l’adoption, avec l’idée de se lancer en parallèle des FIV, un de ces jours prochain, peut-être. Et rien que ce peut-être est plutôt chouette 🙂
      Bises

  2. Lily dit :

    Très joli couple ! 🙂

  3. DraZS dit :

    Je pense qu’il faut y penser, j’y pense parfois jusqu’à m’en rendre malade, mais j’ai « besoin » d’y penser, car ça me permets de me dire qu’il y a d’autres perspectives en cas d’échec, je suis maso quelques fois, je me torture l’esprit, je suis comme ça. En parler avec les « autres » pour moi ce n’est pas possible, après je crois que tout dépend de l’ouverture d’esprit de l’entourage, si ils sont receptifs à nos parcours ou non.
    A bientot

    • Kaymet dit :

      J’espère que la phase ‘torture’ n’est qu’une étape… et qu’ensuite tu pourras passer, rapidement, à une phase où ce sera juste un possible parmi d’autres, mais qui ne te rend pas malade – bien sûr c’est loin d’être simple. Et surtout, le mieux serait que tu n’aies jamais à en arriver à ce stade de la réflexion!
      Mais je comprends ce sentiment, ça permet parfois d’évacuer un peu la peur.
      Bises

  4. DraZS dit :

    Je l’espère aussi, que ça me passera.
    En septembre je verrai si une fiv est possible ou non, tout dépends des resultats de mon homme.
    C’est vrai que me « torturer » l’esprit me fais du bien parfois, ça me permets de lacher prise, de craquer, et après je vais mieux.
    A bientot

  5. Lulu dit :

    Le fait d’envisager ce qu’on pense être « le pire » à un moment où ce pire, justement, n’est pas concevable et/ou imaginable, est pour moi, une grande preuve de maturité et d’ouverture d’esprit. Ça va vous faire avancer.
    En ce qui me concerne, depuis que j’ai enfin réussi à envisager (et surtout accepter) le don d’ovocytes comme une possibilité d’accéder à la parentalité (j’y étais complètement réfractaire il y a ne serait-ce que quelques mois), je vois notre avenir plus sereinement.
    Bravo pour ton optimisme ET ta façon d’envisager un hypothétique autre avenir.

    • Kaymet dit :

      Merci Lulu! Je te retourne le compliment 🙂
      Pour moi je crois que ça fait partie de ma façon d’avancer: certains ont besoin de comprendre à fond les différentes étapes et les risques associés (d’un point de vue médical par exemple), moi j’ai plutôt besoin de ressentir un peu tout ça, de capter des petits bouts à droite à gauche pour pouvoir trouver ma place de manière plus sereine.
      Bises

  6. Le fait que ça puisse ne pas marcher. Au début des traitements, j’étais très inquiète et faisais de mon mieux pour rester réaliste, mon coté scientifique me répétait à tout moment que rien n’est sûr, la pma ne promet rien, la fiv ne promet rien. Je répétais à ma mère qui me disait: « il suffit de faire la fécondation in vitro… », « maman rien n’est sûr, une fécondation ne me donne que 20% de chances de réussite… »Je crois qu’on doit être consciente que la pma ne nous assure pas une réussite, mais il est important pour moi de croire qu’on peut être de ceux qui ont de la chance.
    Des premiers blogs que j’ai suivi, beaucoup sont enceintes, alors je me dis, oui la pma ça fonctionne…quand même…
    Pour le moment donc, j’essaye d’y croire…et me laisse encore quelques années avant d’imaginer mon avenir sans enfants…
    enfin j’admire, rester réaliste tout en étant optimiste 🙂
    Bises et à bientôt

    • Kaymet dit :

      Oh oui, y croire à fond!! Je suis à fond pour, la question ne se pose même pas!!!
      Je ne sais pas trop comment tout ça fonctionne en moi… mais je passe par des moments où j’ai besoin de comprendre un peu mieux les différents possibles, qu’ils soient positifs ou négatifs – mais ça ne m’empêche pas d’être à fond dans l’espoir que ça fonctionne de la façon dont je le souhaite.
      Je crois que le fait d’avoir creusé un peu les pistes plus difficiles ‘avant’ me permet d’être en terrain connu si le ‘jour J’ je flippe, et me permet du coup de peut-être flipper moins longtemps… enfin je réfléchis tout haut là… 🙂
      Bises

  7. La fille dit :

    j’envisage toutes les possibilités y compris celui que la PMA ne fonctionne pas pour nous. Mais c’est vrai que quand je l’évoque devant des gens qui ne sont pas passé par là, je me heurte à un mur. « mais non, faut y croire ».Ben j’y crois mais je suis aussi réaliste.

    • Kaymet dit :

      Oui pour moi l’un n’empêche pas l’autre. En fait, je serais presque tentée de dire – en ce qui me concerne – qu’y croire en oubliant d’être réaliste ne fonctionnerait sans doute pas. Ce serait un peu se croire au pays des Bisounours; un peu comme se mettre des œillères pour y croire. Pour certains ça marche peut-être, mais pas pour moi.
      En même temps je ne me focalise pas non plus sur les risques, et une fois que j’en ai fait le tour, je vais bien volontiers passer mon temps du côté de l’espoir – c’est juste que les risques sont quand même là, faut pas l’oublier, c’est tout.
      Mais je pense que ça fait peur à la plupart des gens, et leur « faut pas y croire », c’est une sorte de « j’veux pas l’entendre ».

  8. Alyzeeduvar dit :

    Un médecin en avait parlé avec moi, avant d’entamer le parcours AMP? Et si jamais? Il avait abordé le sujet avec tellement de tact que j’ai su l’écouter sans rancœur ni amertume. Une manière comme tu dis de gérer toutes les possibilités. Le sujet reste tabou. L’infertilité est souvent attribué comme une maladie honteuse contractée pour la femme, comme à l’époque où la societe exigeait d’avoir un héritier mâle, et où la venue d’une fille était de la faute de la mère!!! J’ai deux copines et ma cousine qui sont confrontées à l’infertilité. Elles aussi se sentent seules et incomprises par les infertiles. Ce qui m’a sauvée, ce sont aussi les forums. Cet espace d’échange et de soutien joue un rôle essentiel dans notre parcours, à condition que les propos restent positifs et sans jugement. Bref, continue ton blog, c’est un bon dérivatif.

    • Kaymet dit :

      Incroyable! C’est la première fois que j’entends parler d’un médecin qui en parle (qui ose en parler en fait) avant même de démarrer le parcours. En plus avec beaucoup de tact – ça doit quelqu’un de très chouette. Ça me paraît tellement important dans ce parcours de ne pas ‘miser sa vie’ sur chaque essai…
      Moi aussi les forums m’ont beaucoup aidé (je pense qu’on est bien tombées :)), et ce blog aussi – merci pour tes encouragements d’ailleurs! C’est précieux 🙂
      Et je souhaite plein de belles choses à tes amies et à ta cousine!
      Bises

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