Babicka

Je ne sais pas comment t’appeler, comment m’adresser à toi – aucun mot ne convient. Tu ne peux pas être ma mamie, tu étais si jeune.

 Si peu a pu être transmis de toi à moi ; personne n’a eu le temps de te connaître, ou alors c’est moi qui les ai juste croisés.

Tu étais une femme d’exception, ça je le sais. Une femme médecin dans les années 1930, combien y en a-t-il eu alors ? J’ai appris récemment que tu as étudié un an à la Sorbonne, que tu parlais français. Est-ce pour ça que j’ai été si heureuse, moi aussi, de m’asseoir sur les bancs de cette université ? Plus de 70 ans après toi, je suivais un peu tes traces, sans le savoir.

Tu étais jolie, mais tellement triste sur tous les portraits que j’avais de toi. Des portraits de petite fille, d’adolescente.

Et je t’ai découverte mère.

Souriante, heureuse, tellement belle, avec tes filles sur les genoux. Ta deuxième année de mère, ta dernière année de vie.

Tu as laissé un tel vide. Tu leur as tellement manqué. Et le manque, ça se transmet.

J’aurais tellement aimé te connaître.

Un antibio, c’est si courant aujourd’hui, c’est si facile. Mais la science avance à son rythme. Est-ce que cette science me permettra un jour prochain de donner la vie, de transmettre ton histoire ? L’histoire de ma maman ? Mon histoire ? Est-ce qu’un jour je raconterai à ma fille, à ma petite-fille, tout ce que je ne sais pas de toi ?

On construit son histoire avec des bouts de ficelle, quand on a perdu le fil. J’ai pleuré en t’écrivant ces mots. Mais je ne pleure plus maintenant.

Publicités
Cet article a été publié dans Flashbacks, Ma vie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour Babicka

  1. Estelle dit :

    Et moi je pleure de joie en te lisant … (synchronicité, je renoue enfin à la minute avec internet, après 15 jours sans 😉 … ) et je rêve de ma jolie, souriante, … avec deux enfants sur les genoux et toute la vie devant elle. Bizzz

    • Kaymet dit :

      Ces photos… ma mère les a reçues récemment de sa sœur, et me les a montrées, me les a transmises. C’est comme une pièce de puzzle, une très jolie pièce de puzzle, qui se rajoute… 🙂
      Bises à vous tous, j’espère que vous profitez bien!

  2. Purple dit :

    Coucou,
    Je découvre ton site et ce bel article qui est vraiment émouvant!
    Purple

  3. Penelope6 dit :

    Bel article……je ne trouve pas les mots….
    Bises

    • Kaymet dit :

      Merci Penelope, ça me touche.
      Comment ça va toi? J’espère que la semaine dernière n’était qu’une fausse alerte, et que ton petit bout continue à pousser bien comme il faut?
      Bises

  4. MDame PMA dit :

    Ton article est très émouvant… Ma fille pourra sans doute écrire de telles choses, elle qui grandit sans ce lien.
    Je t’avoue être venue ici aujourd’hui par ces mots de toi lus ailleurs : « ce n’est pas la PMA qui fait l’infertilité ». Souvent, je me sens « incomprise » dans la blogosphère. Je ne trouvais pas les mots et te remercie de les avoir laissés quelque part (où j’ai pu les trouver).
    Bises

    • Kaymet dit :

      Merci MDame PMA!
      Je suis ravie que mes mots t’aient trouvée (ou plutôt l’inverse ;)) et surtout t’aient parlé.
      Pourquoi te sens-tu incomprise? Qu’est-ce qui te fait dire ça?
      Pour rebondir sur ces mots que j’avais écrits: j’ai vécu de longues années avec la souffrance de l’infertilité sans pour autant aller (à l’époque) vers les démarches médicales (autres que des diagnostics qui ne trouvaient d’ailleurs rien), et ce pour différentes raisons. Je n’en étais pas moins infertile, et surtout je n’en souffrais pas moins.
      Je pense que la PMA est un chemin possible pour sortir – parfois – de l’infertilité, mais ce n’est pas le seul, et il n’y a à mon sens pas d’échelle de valeur qui puisse se définir ni sur les chemins parcourus ni sur la souffrance associée. D’ailleurs certaines vont qualifier la PMA de ‘promenade de santé’ (dans un reportage M6 que je n’ai pas vu mais dont j’ai beaucoup entendu ‘parler’); sans doute parce qu’elles y auront été orientées très tôt et auront eu la chance de voir un résultat positif très vite?
      Donc oui, l’expérience de ‘la PMA’ est particulière (et encore beaucoup de choses différentes se cachent derrière ce sigle), et il est je pense difficile de comprendre ce que ça représente réellement si on n’est pas passé par là – les piqûres, les échos, le stress des 2 semaines d’attente interminables. Mais quand même la PMA n’est qu’un aspect de l’infertilité, et est loin de l’englober. Et on est pas infertile parce qu’on est en PMA. On se retrouve en PMA – parfois – parce qu’on est infertile.

  5. Lily dit :

    C’est vraiment très beau.
    J’aime qu’on puisse transmettre toutes ces histoires du passé, ce qu’on sait, ce qu’on imagine.
    Bises.
    Lily
    http://mamansansbb.wordpress.com

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s