Infirmes amants

Récemment, un article m’a beaucoup marquée – deux en fait, avec l’original.

Si je résume : une revue spécialisée dans le domaine des études sur le handicap établit un parallèle entre l’infertilité et le handicap, en se basant sur 2 livres écrits par des femmes infertiles, qui n’ont jamais pu avoir d’enfants, et qui ont publié leurs histoires.

A première vue, je trouvais ça assez osé ; plutôt en regardant ça du point de vue des personnes handicapées : est-ce qu’une personne paraplégique ou une personne aveugle accepteraient ce parallèle ? Est-ce qu’elles ne trouveraient pas ça quelque peu choquant ? Et en même temps, la revue est elle-même spécialisée dans le domaine, et l’initiative vient d’eux… alors ça a peut-être le mérite de s’y pencher un peu plus.

Ma deuxième réaction était plutôt : oh là ! stop ! Je suis infertile, oui, mais je ne me qualifierais pas d’infirme – je ne pense pas pouvoir réellement comprendre ce que peut ressentir une personne infirme. Je peux respirer, marcher, voir, parler,… Rien ne m’empêche de vivre ‘normalement’ au quotidien – rien? Vraiment?

En réalité, le parallèle porte plutôt sur le décalage que peuvent ressentir les infertiles, tout comme les personnes présentant un handicap, face à une société qui est prévue pour ‘la norme’, et qui n’est donc pas adaptée pour eux.

Les éléments mis en avant sont :

– la prise de conscience qu’il n’y a pas de ‘base morale de droit à la santé’ et que même si on a tout bien fait comme il faut (manger sainement, faire du sport, éviter les excès), ça ne garantit en rien que tout ira comme on le veut, et la volonté n’y pourra pas grand-chose.

– le sentiment de se retrouver tout d’un coup du ‘mauvais’ côté d’un fossé culturel et médical dont on ignorait souvent jusqu’à l’existence.

– le paradoxe de placer tous ses espoirs dans le système même qui nous définit comme ‘déficient’, et la souffrance qui l’accompagne.

– la nécessité et la difficulté de trouver constamment des moyens de se frayer un passage à contre-courant de la trajectoire classique de la maternité.

D’après l’auteur de l’article, les femmes concernées pourraient trouver si ce n’est des réponses, au moins un soutien dans les études sur le handicap, car l’un des éléments clés de ces dernières est le besoin de trouver des façons de vivre qui ne sont pas définies par et pour les personnes ‘valides’.

A l’inverse, l’auteur suggère que l’expérience des femmes infertiles pourrait avoir un intérêt non négligeable pour les études sur le handicap, car ces femmes sont aux prises avec les problèmes des handicaps qui ne sont pas visibles.

Au final, ce que j’ai surtout ressenti à la lecture de cet article, c’est que considérer l’infertilité comme un handicap, c’est un peu comme la reconnaissance que cette situation existe bien, et qu’on n’y peut rien, qu’on n’a pas choisi de faire partie de cette aventure. Je trouve ça déculpabilisant, et presque apaisant.

 

Sur ce, je m’en vais finir les valises – on part se balader pendant une petite semaine. 🙂

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12 commentaires pour Infirmes amants

  1. Contente de te lire 🙂 Les éléments que tu mets en avant sont en effet très intéressants…Vous partez où en vacances? Bises et à bientôt

    • Kaymet dit :

      Merci 🙂 c’est vrai que j’ai été peu présente ces derniers temps – pas réussi à écrire, même si j’ai des mots plein la tête 😉
      On part faire un petit tour de la Rép tchèque.

  2. Ce parallèle est intéressant. Et parle en fait de sortir de la norme, de n’être pas « normal » tel que la société le voit/veut/exige. Inventer son propre chemin, moins facile que pour les autres, ne pas se laisser blesser par les remarques ou regards des autres, se retrouver plongé et dépendant de la médecine alors qu’on n’y était pas forcément préparé… Merci pour cette lecture intéressante et bon petit tour tchèque ! APo

  3. irouwen dit :

    Moi, j’ai toujours « cultivé ma non normalité », les normes m’énervent lorsqu’elles enferment les gens, soit à l’intérieur d’elles, soit en excluant ceux qui ne sont pas ……………….
    Je pense que cela m’a aidé à ne pas trop sombrer, bien que je sois allée loin dans les limbes de la douleur et de la souffrance, je ne me suis pas attaqué à moi même, ni à ceux qui avaient la chance d’être parent.
    Par contre, j’ai été en guerre contre le système médical, du moins la prise en charge proposé par celui qui a croisé ma route d’infertilité procréative. Car je ne me sens pas infertile, au contraire je me sens très créative, mais malheureusement pas procréative avec mes gamètes.
    Par contre, je ne me sens pas handicapée par cette infertilité, car comme tu le dis je peux tout faire (en dehors des ovocytes), car les bébés j’ai même réussis à les porter. Mais je trouve intéressant les parallèles qui sont fait, sur la non visibilité, la confrontation avec le corps médical qui doit nous aider, mais qui signe aussi nos incapacités.

    Bonne vacances, hummmmmmmmm la république tchéque, j’y retournerais bien faire un petit tour aussi……

    • Kaymet dit :

      J’aime beaucoup ton approche – c’est très inspirant! Bon pour le système médical, malheureusement tu as l’air bien mal tombé; j’ai jusqu’ici eu plutôt de la chance de ce côté-là.
      Bises

  4. PlumeQuiEnfante dit :

    Je trouve le parallèle intéressant en tout cas. Bonnes vacances en Tchéquie 😉

  5. Penelope6 dit :

    Très intéressant…..
    Bonne ballade les zamoureux et profitez bien 🙂
    bises

    • Kaymet dit :

      Merci! On a vraiment bien profité.
      J’aurais juste aimé moins de tristes nouvelles au retour… mais j’ose espérer que le vent va tourner pour toutes très bientôt!
      Bises

  6. Pmgirl dit :

    J’ai souvent pense à ce parallèle mais l’infertilité à l' »avantage » d’être réversible…. Bisous et bonne rentrée

    • Kaymet dit :

      Oui tout à fait! Enfin je l’espère en tout cas 😉
      Et lorsque l’enfant arrive, l’infertilité n’est ‘plus que’ un mauvais souvenir sans doute.
      Mais les expériences sur lesquelles se base l’article sont celles de femmes qui ont dû faire une croix définitive sur la maternité, donc le parallèle est peut-être plus juste dans ce cas-là.
      Bises et bonne fin de grossesse!! Bientôt LA rencontre 🙂

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