LA planète

Il y a cette planète. Cette planète qu’on observe depuis toute petite, et sur laquelle on sait qu’on va habiter un jour. Parce que c’est l’ordre des choses.

LA planète.

Au début on s’en approche doucement, pour certaines sans se soucier de la destination, pour d’autres sans la quitter des yeux.

Et puis un jour on rencontre celui qui nous emmènera sur LA planète. Et on sait que le moment est arrivé. On calcule ensemble la trajectoire, on commence à prendre de la vitesse, on commence à rêver notre vie une fois sur place.

Mais les choses se passent différemment. Presque imperceptiblement, au moment où on est suffisamment près pour pouvoir distinguer clairement la vie sur cette planète, observer même l’intérieur des foyers, on se rend compte que notre trajectoire est déviée – pas beaucoup, juste de quelques degrés, mais l’analyse est claire : on ne va pas réussir à se poser.

On a de la chance, en regardant bien, il y a un téléphone de secours dans notre cabine – à utiliser en cas d’urgence. On hésite, on ne veut pas non plus déranger, pas en faire toute une histoire. Et puis si on avait mal calculé notre trajectoire au début ? Qu’on nous dit qu’on ne sait pas s’y prendre ? On recalcule, on recommence, mais rien n’y fait. Alors on finit par le décrocher ce téléphone, et par faire venir les spécialistes.

Le diagnostic parfois ne se fait pas attendre : ‘Les paramètres alpha, bêta et lambda sont déviants, on va renforcer un peu le programme.’ Pour d’autres rien n’est identifié, les spécialistes eux-mêmes ne comprennent pas. Dans tous les cas, on n’y peut rien ; nos calculs ne sont pas en cause, on a fait ce qu’il fallait. C’est une question de statistique. C’est comme ça : pour certains, il faut trouver beaucoup plus d’énergie que pour d’autres pour arriver à destination.

On n’abandonne pas. De toute façon, a-t-on vraiment le choix ? Alors on cherche dans tous les recoins la moindre énergie utilisable qui nous permettra d’essayer encore et encore ; on optimise, on recycle, on transforme, on invente de nouvelles ressources. On va même voir des savants fous qui disent avoir trouvé l’énergie de l’avenir, celle qui va nous sauver, qui va nous permettre, enfin, de nous poser sur LA planète. Parfois on reste en orbite quelque temps, histoire de se reposer un peu, d’attendre que les batteries se rechargent. Et puis on y retourne ; un nouvel essai.

Il arrive un jour, un jour presque comme les autres, mais tellement différent… un jour où tout d’un coup ça y est : on a réussi à se poser. On n’en revient pas, on est épuisés de toute cette énergie dépensée pour en arriver là, mais on est les plus heureux du monde, les plus heureux de cette belle planète sur laquelle on a enfin posé un pied; LA planète. C’est très impressionnant de se retrouver là, dans ce nouveau monde. On a pourtant bien eu le temps de l’étudier, on sait à quoi s’attendre – en théorie oui, mais en pratique c’est autre chose. On se souvient très vite qu’il y a d’autres épreuves à passer. Qu’une fois sur place il y a une période d’essai, et que si elle se passe mal, on peut être renvoyé d’où on vient. Et surtout que si ça se passe mal, une fois de plus, on n’y peut rien, c’est l’histoire de pas de chance.

O y croit, on n’a pas déployé toute cette énergie pour être finalement renvoyés à la case départ, on est si près du but. Mais un jour, un jour presque comme les autres, mais tellement différent… sans préavis, on se retrouve propulsé dans l’espace. La force du rejet est telle qu’on est renvoyés à des années-lumière de là ; si loin qu’on a du mal à distinguer LA planète ; si loin qu’on se demande comment on va retrouver l’énergie ne serait-ce que pour se remettre en orbite…

Tout ça pourrait être presque vivable s’il n’y avait pas en plus un autre paramètre, primordial, à prendre en compte dans cette situation : on a le droit à un nombre limité de tours en orbite… Et oui, on ne peut pas rester éternellement dans cette parenthèse ; au bout d’un moment, il n’y a simplement plus d’énergie disponible. Des calculs savants définissent le nombre de tours auquel on a droit.

Alors un jour on apprend qu’il y a une petite planète toute proche, bien plus accessible que LA planète, et sur laquelle viennent s’échouer ceux qui malgré tous leurs efforts ne sont pas arrivés à destination. Et que peut-être qu’il faudrait commencer à envisager sa vie là-bas. Il va bien falloir la vivre quelque part cette vie de toute façon… Cette planète est ‘habitable’ certes, mais c’est une planète aride ; elle a très peu d’eau, peu de verdure, et aucune infrastructure, alors que LA planète regorge de rivières, de cascades, de fleurs plus belles les unes que les autres, et est organisée pour rendre la vie la plus agréable possible pour la plupart de ses habitants.

Il y a quelques liens entre ces deux planètes. La communication est tout à fait possible, mais les vies sont si différentes qu’on arrive vite à des incompréhensions.

Ce qui est surtout difficile c’est ce décalage : ceux de la petite planète ont pleinement conscience de la présence de LA planète et de la vie qu’ils auraient aimé vivre dessus ; mais la plupart des habitants  de LA planète ne savent même pas que la petite planète, pourtant toute proche, existe.

Vous aussi vous vous sentez perdu(e)s dans l’espace ?

Grand Ourse

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42 commentaires pour LA planète

  1. maye dit :

    Salut Kaymet,

    Finalement on peut quand même communiquer dans l’espace. Ton billet me parle tellement tellement tellement. Ce qui est dur en ce moment c’est de ne pouvoir se poser nulle part, de ne plus pouvoir en parler, comme si c’était passé, fini, terminé. On a été entourés les premiers temps de cette remise sur orbite et pourtant on les voyait les cascades, la verdure et c’était tellement ensoleillé. Et puis là, plus rien, on prépare les fêtes de fin d’année et va falloir faire avec l’annonce: « c’était un bel essai, il y a eu atterrissage, votre vaisseau a bien répondu, le prochain voyage s’annonce prometteur, vous me faites confiance? ». Alors, on attend le prochain voyage, la nouvelle année, on se dit que l’année passée, nous a permis de connaître le programme, de s’entraîner, de faire un crash-test moral et pis va falloir y retourner, on le veut tellement mais en même temps, on se souvient du passage dans le stratosphère, cette peur de l’inconnu, le fait de toujours osciller entre la joie et…cette peur, les inconvénients physiques avec la force de la pesanteur. Je ne sais pas ce que nous réserve la suite, si on tournera encore longtemps autour de cette planète mais je sais que tant qu’on ne l’a pas vaincu, on ne peut comprendre cette sensation qui nous envahit et …à la fois qui nous rend encore plus fort. En janvier, nous irons au pôle nord, retrouver notre petit passager. j’espère de tout coeur qu’il supportera le changement de température et qu’il appréciera le voyage, ce voyage plein d’amour…Je te remercie de tout coeur Kaymet de me permettre de m’exprimer, de mettre des mots sur cette aventure si atypique. Je te souhaite plein de courage pour la suite, je t’envoie plein d’énergie positive et je continue de te suivre, c’est un vrai plaisir et je sens moi seule (j’ai pu établir le contact avec quelqu’un d’autre de l’espace). Je t’embrasse. Maye.( J’ai imaginé une troisième planète, celle des enfants perdus, qui attendent plein d’amour, j’y pense de plus en plus, peut-être que j’attends juste qu’elle s’éclaire.)

    • Kaymet dit :

      Merci Maye, tu es passée par des galères qui me parlent beaucoup…
      On se croisera peut-être au pôle nord en janvier! Je te souhaite quand même de belles fêtes d’ici là.
      Et oui, continuons à communiquer, parce que sans ça, comment on fait?
      Bise
      PS: et pour la 3ème planète, c’est aussi une belle image, certainement à rajouter au tableau.

  2. Penelope6 dit :

    Waouhh! Que c’est bie écrit….! J’ai la gorge un peu serrée. J’adhère et j’adore.
    Comment nous pouvons nous surnommer nous habitants de la petite planète?
    Des bises Kaymet.

  3. impatiente75 dit :

    C’est une très belle image… Merci ma belle !! Bisous

  4. La fille dit :

    C’est bien dit. Le retour dans la stratosphère est très dur et en même temps, maintenant qu’on l’a entrevue cette planète, on ne veut qu’une chose y retourner. Biz

    • Kaymet dit :

      Merci ma belle.
      Oui c’est addictif… tu en es où niveau stockage d’énergie?
      Bises

      • La fille dit :

        Je ne sais pas trop. Envie de retenter un atterrissage et peur d’être de nouveau refoulée à l’arrivée. Ambivalente, je suis.

      • Kaymet dit :

        Ça me fait flipper, mais j’ai de plus en plus envie de tenter rapidement pour enfin savoir si ça va marcher ou pas – bon si ça marche pas, il y aura bien une nouvelle FIV au programme, c’est un peu aussi ‘le jour sans fin’ dont tu parlais… bon je ne dis pas que je me plains d’avoir toutes ces options, loin de là! Mais j’ai juste envie de savoir une bonne fois pour toutes si on aura des enfants un jour – et je suis fatiguée de tout ça. Mais on en est toutes là.
        Bises Madeline

  5. laqueteduplus dit :

    Très joli texte … très poétique et tellement vrai…
    Biz

  6. Palomina dit :

    Oui carrément perdue.. C’est tout à fait ça avec l’impression de dériver au point de ne plus voir la planète.. Et de se dire que ça se trouve on n’aurait pas été à sa place. Et oui je suis un peu découragée en ce moment. Très beau texte merci.

  7. gribouillette dit :

    Très jolie métaphore! Ton texte est magnifique et fait tellement bien passer tout ce qui est compliqué à exprimer…

  8. Très belle image, très beau texte. En espérant que nous ne finirons pas comme les débris de navettes… La meilleure façon d’atteindre La Planète est elle de partir du Pôle Nord ? Je le souhaite et espère qu’on va toutes constituer un bel équipage rempli d’énergie, décoller en beauté en 2013 et atterrir en douceur 9 mois plus tard… Apo

  9. WaitingLine dit :

    Trés jolie ton épopée cosmique… heureusement qu’on est plusieurs en orbite ça rend l’espace moins grand et effrayant. Je nous souhaite de nous retrouver bientôt sur cette planète et de pouvoir contempler le ciel tout bleu….

    • Kaymet dit :

      Merci Waiting Line.
      Tu as complètement raison, ça fait moins peur d’être entourées grâce à tous ces échanges.
      Vivement qu’on puisse se croiser sur cette planète.
      Bises

  10. Lulu dit :

    Merci Kaymet.
    D’une façon ou d’une autre, peu importe le temps que nous mettrons, nous parviendrons à mettre un pied dans cette planète. Mais pour cela, il nous faut l’aide des spécialistes.
    Et tu sais quoi, au pire des cas, même après avoir épuisé toutes les ressources (spécialistes, j’entends), je me dis que peut-être, alors, nous abandonnerons l’idée de vouloir absolument aller sur cette planète-là. Et c’est bien aussi… Mais nous n’en sommes pas là.
    Je t’embrasse fort, ma Kaymet.

    • Kaymet dit :

      Oui c’est une option qui si elle doit arriver sera gérable d’une manière ou d’une autre.
      Mais que c’est fatigant ce parcours… cette incertitude. Espérer, y croire, ne plus savoir si on s’autorise à y croire, essayer d’envisager toutes les options,… Je me sens un peu à plat en ce moment. Aller, on va dire que c’est l’hiver qui fait ça.
      Gros gros bisous ma Lulu

  11. vertupatience dit :

    C’est touchant ta façon d’écrire. Nul ne peut ne pas comprendre ou imaginer ce que tu dis, c’est peut être même un très beau texte à faire partager à l’entourage. Des bises, du courage et merci!

    • Kaymet dit :

      Merci VertuPatience!
      Tiens je me demande comment il serait lu par une non PMette… il faudra que j’essaie d’en faire l’expérience un jour.
      Tout plein de bises et de courage à toi aussi.

  12. Lily dit :

    Eh oui, moi aussi je me sens perdue dans l’espace de l’incertitude.
    Je te souhaite d’obtenir bien vite un passeport très longue durée pour cette planète qui nous fait tant rêver.
    Bises.
    Lily.

  13. madamepimpin dit :

    Magnifique ton texte Kaymet, c’est tellement bien imagé. Cette impression d’être bloqué en orbite, c’est épuisant. Bisous à toi, je te souhaite un atterrissage ferme et définitif au plus vite, et en douceur.

    • Kaymet dit :

      Merci Madame Pimpin!
      Oh oui que c’est épuisant… c’est le mot, épuisant. J’ai l’impression de ne pas en sortir.
      Vivement l’atterrissage. Il parait que les voyages forment la jeunesse – je ne dois pas être loin de la date limite… 😉
      Bises

  14. Ping : Littérature et enfantement « Ti'punch contre Ti'bout !

  15. loLo dit :

    C’est très bien écrit, tellement bien décrit. Ca me rappelle un texte qui circulait il y a quelques années sur un certain « voyage en Australie » que certaines font en avion, d’autres en bateau… (moi c’est la brasse coulée !).
    Maintenant je penserai à ton texte poétique quand je verrai une étoile filante…

    • Kaymet dit :

      Merci IoLo. J’adore ton association avec l’étoile filante… Et si chaque étoile filante était une PMette qui parvient, enfin, à atterrir? Ça les rend encore plus magique – une nouvelle raison de faire des vœux!
      Vivement nos étoiles à nous qui nous mèneront à notre place sur LA planète.
      Bises
      PS: je connais bien et j’aime beaucoup aussi le texte sur l’Australie – ton commentaire me fait penser que j’aime nager, mais que je fais toujours de la brasse coulée….! (jamais réussi à apprendre le crawl – c’est un signe non?)

  16. J’opte pour le satellite … il tourne autour de la planète… la scrute … l’observe …. et parfois s’écrase dessus… souvent dans la mer… et même si le rivage est loin… nous sommes fortes et endurantes et un jour d’abord clandestines, nous serons enfin chez nous….

    • Kaymet dit :

      Coucou ma belle, je te souhaite d’arriver très très bientôt sur LA planète, et d’y trouver ta place pas du tout clandestine.
      Je continue à croiser fort pour ton magnifique embryon; je l’imagine accroché dans le moelleux de ton bel endomètre de Mousse.
      Bises ma toute belle

  17. loosequeen dit :

    Ton texte est magnifique et tellement bien exprimé. Tes mots sont si juste, si vrais… si douloureux. J’espère que très bientôt, le pilote automatique de votre vaisseau va être réparé et s’orienter vers la Planète tant désirée…

  18. Plume dit :

    J’aime ce billet. Bisous !

  19. Ping : En mode ‘start up again’ | unenfantpeutetre

  20. Ping : LA planète | Boule de Mousse

  21. Nana dit :

    Je trouve que c’est une magnifique métaphore…

  22. Ping : Il parait que… | Ti'punch contre Ti'bout !

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