A quoi je sers?

Le sens de la vie.

Longtemps pour moi c’était avant tout : avoir des enfants, leur transmettre tout un tas de choses, continuer la lignée. Être maman, tout simplement (dire que oui, ça devrait être ‘tout simplement’…). D’ailleurs petite, je voulais être ‘mère au foyer’ plus tard !

Les enfants, c’était toute ma vie. Même souvent, jeune adulte et même jeune mariée, je préférais passer du temps avec les enfants qu’avec les adultes. Je me souviens m’être dit qu’il fallait que je fasse attention à ça : ma belle-mère de l’époque était dans cet extrême – mal à l’aise avec les adultes, toujours à s’occuper de ses petits-enfants, préférant même souvent être assise à leur table – je me suis rendue compte assez vite que je ne voulais pas faire comme elle. Mais quand même, les enfants étaient un pilier clé de ma vie à venir.

Et puis le vide : mes enfants qui n’arrivent pas, ma vie qui n’a pas de sens – l’attente, toujours ; le décalage par rapport à tous les amis, à tous les frères et sœurs ; les années qui passent ; beaucoup d’années qui passent ; l’angoisse que ce vide reste, que notre vie ne soit jamais peuplée des rires et des pleurs de nos enfants, que mon chéri d’amour Mr ne soit jamais papa, que je ne sois jamais mère : sans enfants, quel intérêt ? Comment envisager une vie quand même ? Quel sens cela aurait-il ?

Dernièrement, petit à petit, je sens qu’un changement de fond s’opère. Quelque chose qui pourrait s’appeler l’acceptation. L’acceptation que peut-être, malgré tout, il n’y aura pas d’enfants. Bien sûr que ce que je souhaite le plus au monde, c’est que nos enfants nous rejoignent, qu’ils fassent partie de notre vie, qu’on soit parents. Et on fait tout ce qu’on peut pour ça. Mais je sais aussi que ‘tout ce qu’on peut’ a des limites. Et si malheureusement on atteint ces limites et qu’on n’a toujours pas d’enfants… j’aimerais qu’on ne soit pas malheureux justement.

On n’aura pas de regrets à avoir – on aura essayé, vraiment essayé.

On aura un bonheur à construire.

Mais ce bonheur, je pense qu’il faut qu’on arrive à le trouver avec ou sans enfants, et surtout indépendamment de ces enfants. Si par bonheur nos enfants voient le jour, ce n’est pas de leur responsabilité à eux de nous apporter ce bonheur. Au contraire, ce sera notre responsabilité de leur transmettre notre ‘savoir être heureux’.

Ce sentiment d’une vie vide si elle est sans enfants me fait réfléchir. S’il y a des enfants, ma vie ne sera pas exclusivement ma vie de maman, mais je serai comblée dans ma vie de maman, et continuerai en parallèle à apprécier ma vie de femme qui travaille, ma vie de femme de Mr, ma vie à moi tout court. L’absence d’enfants me semble ôter de la saveur à toutes ces autres parties de ma vie, parce que j’ai l’impression de n’avoir pas envie de me consacrer à l’une d’entre elles davantage que je ne le fais maintenant : j’aime mon boulot – surtout depuis que je l’organise comme je veux, chez moi – mais ce n’est pas non plus ma passion, et je ne veux pas m’investir dedans plus que nécessaire.

Alors je cherche. D’autres voies. Des petites choses. Les petits bonheurs du quotidien qui font qu’on peut inverser sa vision du monde, ou de son monde en tout cas.

Trop souvent j’ai lu ou entendu l’histoire de ceux qui, ayant réchappé de près à la mort, ont trouvé l’énergie de vivre leurs rêves (au lieu de rêver leur vie, comme on dit !). Et je me dis que si on pouvait réussir à faire ça, sans avoir à frôler la mort… si le parcours PMA était notre petite mort à nous, notre façon de nous forcer à trouver un sens ailleurs ?

Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie.  Mais je sais que je veux être heureuse. Et je pense que quoi qu’il arrive, on sera heureux, d’une manière ou d’une autre. On l’est déjà dans une certaine mesure. Mais on est dans l’attente – dans l’attente d’être parents, mais pas seulement: aussi dans l’attente d’être vraiment installés ; d’avoir un quotidien qui nous plaise vraiment, à tous les deux ; un environnement qui nous corresponde. Et pour ça, il nous faut oser certains changements.

C’est un cheminement, une réflexion, un ressenti. Je suis curieuse fasse à l’avenir, mais je n’ai plus peur.

Bien sûr, comme toujours, c’est cyclique. Je sais qu’à un moment ou à un autre, l’angoisse reviendra.

Mais aujourd’hui, même si je ne sais toujours pas vraiment ‘à quoi je sers’, j’accepte de ne pas le savoir encore, et de le découvrir petit à petit, sur le chemin du bonheur.

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas écouté Mylène – et puis récemment, en entendant cette chanson… c’est moi ou elle parle d’infertilité ?

Poussière vivante, je cherche en vain ma voie lactée
Dans ma tourmente, je n’ai trouvé qu’un mausolée
Et je divague
J’ai peur du vide
Je tourne des pages
Mais… des pages vides

Poussière errante, je n’ai pas su me diriger
Chaque heure demande pour qui, pour quoi, se redresser
Et je divague
J’ai peur du vide
Pourquoi ces larmes
Dis… à quoi bon vivre…

Mais mon Dieu de quoi j’ai l’air
Je sers à rien du tout
Et qui peut dire dans cet enfer
Ce qu’on attend de nous, j’avoue
Ne plus savoir à quoi je sers
Sans doute à rien du tout
A présent je peux ma taire
Si tout devient dégout

Poussière brûlante, la fièvre a eu raison de moi
Je ris sans rire, je vis, je fais n’importe quoi
Et je divague
J’ai peur du vide
Je tourne des pages
Mais… des pages vides

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26 commentaires pour A quoi je sers?

  1. Mastacloue dit :

    « Je ne sais pas ce que je veux faire de ma vie » et « A quoi je sers »…tant de questionnements en commun.
    Comme toi, je ne voyais pas ma vie sans enfant; je ne la vois pas encore. Mais j’envisage d’imaginer que peut-être, on pourrait être (quand même) heureux sans enfants? Bof, mais en tous cas, j’y pense, je l’imagine même parfois. C’était inenvisageable il y a peu.
    Mais j’aime beaucoup ce que tu en dis:
    « Mais ce bonheur, je pense qu’il faut qu’on arrive à le trouver avec ou sans enfants, et surtout indépendamment de ces enfants. Si par bonheur nos enfants voient le jour, ce n’est pas de leur responsabilité à eux de nous apporter ce bonheur. » Comme c’est bien dit…
    C’est vrai, notre bonheur ne doit pas reposer sur les cellules/épaules de nos enfants; ils n’ont pas à porter ça, c’est notre problème, pas le leur. Et il me revient une phrase de ma psy qui m’a beaucoup bouleversée il y a deux ans: (c’est difficile à écrire sans déformer sa pensée): on peut envisager que ces embryons exercent leur « volonté », leur « choix », leur « responsabilité », de rester ou de s’en aller. En d’autres termes, de penser que tout ne repose pas sur nous/la médecine/…, mais aussi que nos (futurs) enfants avaient leur mot à dire. Je ne sais pas si c’est clair, mais cette phrase, après m’avoir choquée, m’avait beaucoup aidée. Il faut pouvoir être heureux sans eux. C’est de la survie.
    Merci Kaymet pour cet article et cette réflexion, bises.

    • Kaymet dit :

      Merci Mastacloue pour ton commentaire. J’aime en effet cette idée que l’enfant a aussi son ‘mot à dire’ par rapport à sa venue. J’ai déjà entendu/lu ça aussi à plusieurs reprises – dans la conception, on est 3: le père, la mère, et l’enfant; et les trois ont leur rôle à jouer. Bon d’accord, dans notre cas, on est un peu plus nombreux encore, avec le gynéco, le laborantin, l’acupuncteur, le… Bref…
      Je pense aussi à tous ceux que je vois autour de moi avec des enfants, et qui ne sont pas plus heureux pour autant dans leur vie, alors même parfois qu’ils les ont attendu un bout de temps. Quelque part, la chance qu’on a c’est d’avoir du temps pour réfléchir à tout ça, en attendant l’arrivée (peut-être un jour…) de nos enfants; autant passer ce temps à inviter le bonheur chez nous, pour ensuite accueillir nos petits dans les meilleurs conditions, s’ils se décident à nous rejoindre.

  2. Tu te doutes bien que ces questions, forcément je me les suis posée aussi … mon but à moi aussi, c’est le bonheur … le bonheur, je pensais que ça viendrait aussi et surtout avec des petits bouts… mais les limites sont proches … je les sens bien … peut-être que les années commencent à peser … que ce combat a fini par m’épuiser … ou peut être que la nature est bien faite et que l’âge avançant, elle nous enlève petit à petit ce désir … j’en sais rien …

    Je me dis qu’être sans enfant, c’est un peu comme être orphelin. J’ai dû me résigner à vivre sans maman et ce vide, même à 36 ans, je le ressens encore de façon très présente. Parfois même j’en pleure encore et je pense que cela ne me quittera jamais. Ces vides là on ne les remplit pas … j’imagine que sans enfant, je ferai pareil … le vide sera là …présent … j’en souffrirai … mais je vivrais …. surtout grâce à Monsieur …je le ferai pour lui … je lui dois bien d’être heureuse, car il fait tout pour que je le sois.

    Pour la chanson de mylène, je l’ai tellement tellement écouté celle là … une de mes préférées … merci

    • Kaymet dit :

      Je le sens le poids des années. L’épuisement… est-ce que c’est les années qui passent? Est-ce que c’est d’être finalement (enfin?) passée aux FIVs? Est-ce que c’est la fausse couche? En tout cas, je me dis que je ne pourrai plus continuer trop longtemps comme ça, j’arrive aussi à une certaine limite.
      J’espère que quelle que soit la suite, le vide se remplira, d’une manière ou d’une autre.
      Je t’embrasse fort

  3. Oblomov dit :

    Tes questionnements et tes réflexions résonnent beaucoup pour moi aussi, et j’y avais déjà songé avant la PMA, en essayant de me mettre à la place de proches qui y étaient confrontés (renoncerais-je à leur place ?).

    • Kaymet dit :

      La question du ‘jusqu’où est-on prêt à aller?’ est très très difficile je trouve. Et je pense qu’on ne le sait qu’en le vivant, qu’en traversant ces épreuves, qui inévitablement nous changent.

  4. maye dit :

    Hier en discutant avec mon doudou de la suite à donner, j’ai réalisé à quel point je me mettais la pression: « Vite, vite, il faut rebondir, on a pas le temps, j’ai pas le temps ». « Si ça marche pas la prochaine fois, on arrête tout ». Oui mais voilà rien n’est linéaire, rien n’est prévisible, on avance avec l’espoir et parfois des angoisses et c’est dur. On change notre vision, nos représentations et tac d’un coup, l’élan de vie, l’envie de donner la vie est là. Hier, on s’est dit que tout cela n’était vraiment pas simple, que notre histoire était atypique mais c’est notre histoire à nous et elle est belle avec des tonnes de rebondissements. Nous avons fait notre demande d’adoption et nous sommes dit que tant que la force et l’espoir sont là, tant que tout cela aura du sens, nous continuerons notre parcours PMA. Merci Kaymet, merci à toutes de partager vos émotions, vos ressentis. Je ne sais pas comment il faut réagir mais parfois c’est tellement dur, tellement incohérent. Il nous faut certainement rêver notre vie autrement et tout sera possible car tout est possible. Je me retrouve énormément dans ce que tu partages, Kaymet et me sens moi seule (vivement une prochaine date de rencontre). Je t’embrasse, je vous embrasse.

  5. madamepimpin dit :

    C’est un grand pas en avant, de t’être débarrassée de cette peur. Et même si elle revient, tu auras goûté à quelques jours / semaines de tranquillité. Je t’embrasse fort Kaymet.

  6. Plume dit :

    Je crois que la PMA aura eu moins ce mérite. Nous faire réfléchir sur le sens a donner a notre vie, nous faire chercher la clé du bonheur indépendamment des enfants, nous trouver tout simplement. Biz

  7. Ping : Monitoring | Ti'punch contre Ti'bout !

  8. bravo pour cet article riche de réflexions mais surtout de foi en l’avenir. Tu es d’une grande sagesse Kaymet, tu sais transformer l’immense souffrance en incroyable courage, c’est d’une rareté! j’espère fort pour toi et je t’embrasse

    • Kaymet dit :

      Merci ma Lueur. Je ne sais pas si c’est de la sagesse – peut-être plutôt une grande lassitude… et un ras-le-bol de tourner en rond qui entraîne une envie d’enfin passer à autre chose 🙂
      Mais bon, tout est toujours bon à prendre sur ce chemin, alors je continue à avancer petit à petit et à découvrir plein de choses.
      Bises et continue à réaliser ce bonheur que tu touche enfin du doigt (ou plutôt du ventre 😉 )

  9. odileke dit :

    Je me suis posé les mêmes questions depuis quelques années. La réponse que je me donnais finissait toujours de la même manière : « je n’aurai peut-être pas d’enfant, mais je vais faire tout pour l’être, jusqu’à l’acharnement, car l’acharnement en PMA peut payer, et ne me détruira pas; au contraire, il me donnera la force. » Il faut que tu continues, que tu gardes espoir. Que tu gardes une réserve continue de courage, celui dont tu as su faire preuve depuis plusieurs années, si longues, si longues. Je t’embrasse.

    • Kaymet dit :

      Oh oui, on continue de toute façon; on ne sait pas où le chemin nous mène, mais on avance. Et puis l’espoir est toujours là quand même. Il est tenace 😉
      Merci Odile – gros bisous à toi

  10. gribouillette dit :

    Je t’admire car pour l’instant je n’en suis pas encore là. Je suis encore entièrement dévorée par ce désir d’enfant, tournée vers chaque tentative. J’espère réussir à prendre du recul, avec le temps.

    • Kaymet dit :

      Ma chère Gribouillette, je te souhaite de tout cœur de n’avoir ni le temps ni le besoin de le prendre ce recul!
      Tu sais, j’ai démarré les essais bébé il y a plus de 12 ans, et là je commence à être sérieusement fatiguée de tout ça…

  11. La fille dit :

    Je suis dans le même état d’esprit que toi. je veux être heureuse avec ou sans enfants. Notre vie ne s’arrêtera pas avec la PMA et on est tellement plus que des matrices vides. Je suis la fille, tu es Kaymet et ça en changera pas. J’ai commencé à prendre conscience de tout ça avec mon mini-cancer de la foufe (comme quoi à tout malheur quelque chose est bon) et donc je m’active pour que ma vie ressemble le plus à ce que je souhaite surtout dans l’idée que je n’aurai peut-être pas d’enfant et que c’est justement pour ça qu’il faut que je sois heureuse dés maintenant et pas plus tard quand j’aurai, peut-être, si les planètes sont alignées, un gosse.

  12. snow dit :

    j’ai eu ce « a quoi ça sert » … »etre heureuse sans ‘…parce que cela devenait trop lourd.
    Au fond , c’est une reaction de survie.
    Oui on peut etre heureux sans mioches. Mais pour le savoir il faut passer par l’analyse precise de sa vie..et tres certainement se manger des histoires comme les notres.
    Et puis , oui, on se leure en pensant qu ils sont le secret de notre bonheur. C’est lourd à porter pour eux au fond!
    On est tous maitres de nos « happys days »..mais c’est du boulot!
    Ils sont une source de bonheur sans nom…
    mais pas « La » source…
    il y a plein de bonheur dans une vie..
    je te souhaite 10000000000 fois celui là aussi…et autant tous les autres!

    • Kaymet dit :

      Merci Snow. C’est ça – il y a tout plein de bonheur dans la vie, et bien sûr le bonheur d’être mère et d’avoir des enfants est immense (en tout cas, tel que je l’imagine), mais n’est pas le seul qui existe. Alors en attendant celui-là (et tout en continuant à l’espérer…), je veux aussi laisser plus de place à tous les autres.

  13. Ping : Acceptation | unenfantpeutetre

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