Trans-mission

Il y a une question que je me pose depuis très longtemps : saurai-je transmettre ma langue maternelle à mon enfant (même – soyons fous – à mes enfants…) ?

Cette transmission est tellement importante dans ma famille, que je n’imagine pas ne pas le faire. Je ne dirais pas que c’est une obligation, mais si moi je n’y parviens pas alors que mes frères l’ont fait (les enfants de mes frères grandissent d’ailleurs tous dans des univers trilingues), je me sentirais un peu « en faute », d’être passée à côté d’une sorte de mission – sûrement l’impression de décevoir mes parents, mais surtout l’impression de priver mes enfants d’un trésor ; parce que je l’ai toujours ressenti comme tel dans ma vie à moi : un trésor.

Pourtant cette tâche me parait difficile parce que je suis moins à l’aise pour communiquer surtout sur des sujets très personnels, sur des ressentis, il me manque des mots. Et puis je sais à quel point c’est difficile quand un seul des deux parents parle la langue ; je le vois bien chez mon frère, c’est un effort quotidien.

Mais parfois, quand j’écoute des chansons qui ont bercé mon enfance, ou d’autres plus récentes, je ressens au plus profond de moi que si je veux transmettre réellement le sens de ces paroles, le ressenti qu’il y a derrière, il n’y a qu’en transmettant la langue que je pourrai le faire – parce que derrière se cache tout un pan d’histoire, des racines profondes, une mémoire collective.

Et puis j’aimerais tant que Mr puisse aussi transmettre la sienne de langue maternelle. Pour lui, ça semble encore plus difficile – ses parents étaient moins stricts que les miens dans ce domaine. Aujourd’hui il maîtrise bien cette langue, mais pas suffisamment à son goût. Et pour le coup, ni son frère ni sa sœur ne la transmettent à leurs enfants.

Ces derniers temps, je parcours les librairies avec Mr ; je cherche les grands classiques des livres pour enfants, avant qu’on ne déménage. J’aimerais aussi trouver des CDs de chansons et de comptines – mais Mr n’en connait pas ou si peu.

Je prépare une petite bibliothèque de racines…

Dans les racines, dans la transmission, il y a aussi un autre pan.

Je le disais dans mon précédent billet : on ne souhaite pas connaître le sexe du bébé. Celui-ci est pourtant loin d’être neutre – d’un point de vue transmission.

Si c’est une fille…

J’en ai parlé il y a bien longtemps – les lignées de femmes sont quasi-interrompues dans nos deux familles. Depuis une petite fille est née chez la cousine de Mr (la première fille dans cette génération de 8 cousins) ; une petite fille très mignonne, née avec une malformation congénitale relativement grave, qui à quelques mois à peine a dû déjà subir pas mal d’opérations – et qui je l’espère s’en sortira quand même avec un corps de femme qui lui permettra de vivre normalement, d’avoir des enfants… même si c’est loin d’être évident.

De notre côté, si c’est une fille, on sait déjà qu’elle sera porteuse de la maladie génétique de son papa : l’hémophilie. En soi ce n’est pas si grave – en tout cas ça n’empêche par Mr de vivre, loin de là, même s’il me raconte en avoir souffert quand il était enfant. Et puis ça a fait de lui celui qu’il est aujourd’hui et que j’aime de tout mon cœur – et que notre enfant à n’en point douter aimera très fort aussi. Mais je dois avouer que ça me perturbe quand même un peu : l’idée que ma fille, lorsqu’à son tour elle donnera la vie, ait cette ombre qui plane au-dessus de ses futurs enfants ; qu’avant même qu’une quelconque question de fertilité ou non se pose, il y ait déjà cette incertitude, ce risque. Mais ce sera alors son histoire qu’elle transmettra, ses racines – des racines qui d’ailleurs selon certains seraient « royales ».

De toute façon, comme je le disais, ce n’est pas si grave. Et puis ça ne m’empêche pas de dormir non plus – ce sera comme ça doit être. Et ce n’est pas pour autant que j’ai envie de connaître le sexe – toujours pas 🙂 . Mais j’avais besoin de l’écrire, de sortir ça de ma tête.

Une chanson qui me touche particulièrement. Je sais que dans cette version, elle s’interrompt au milieu et recommence à zéro… mais il n’y a pas que la chanson qui est importante pour moi – les images d’archives qui y sont associées aussi. Et puis pour celles et ceux qui parlent le catalan, vous en avez la traduction 😉

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20 commentaires pour Trans-mission

  1. C’est vrai qu’il serait dommage de casser cette « tradition » et c’est vrai que pouvoir connaître sa langue d’origine est un vrai trésor. Malgré tout si c’est important pour toi, ou pour ta famille, je suis sûre que tu trouveras un moyen de le faire. De mon côté, c’est un concept un peu obscure car je ne parle que ma langue natale et que je ne me suis jamais posée la question d’apprendre à mes enfants le breton ou le normand ^^ (que je ne parle moi-même pas !). Mais comme tu le dis que ce soit par le biais de la langue, du nom, voire de « maladies », la transmission au futur enfant est un vrai sujet de discussion. Mon père quant à lui, aimerait que mon fils (parce que pour lui ça sera forcément un garçon ^^) porte mon nom de famille … ce que moi de mon côté, je refuse ! En tout cas, chapeau de résister pour le sexe, sachant le risque d’hémophilie chez une éventuelle fille, je me demande si ça m’aurait pas encore plus incité à vouloir savoir (au fait, ça ne se transmet pas à un garçon ?).

    Bises ma jolie

    • Kaymet dit :

      Transmettre son nom, ça aussi c’est important – mais pas toujours facile non plus.
      En fait, ça peut paraître étonnant mais cette histoire de risque autour des gènes ne m’incite vraiment pas davantage à vouloir savoir si c’est un petit gars ou une petite fille. Je pense que c’est parce que fondamentalement, je serai heureuse d’avoir une petite demoiselle, tout comme je serai ravie d’avoir un petit bonhomme.
      L’hémophilie est une maladie un peu particulière: elle ne touche que les garçons (sauf rares exceptions – mais normalement, une fille ne peut pas être hémophile), mais ne se transmet que par les filles (le gène est sur le chromosome X de l’homme hémophile) – du coup, elle saute une génération (le père hémophile transmet le gène à sa fille, qui elle de son côté a une chance sur deux d’avoir un garçon sain ou une fille non porteuse du gène).
      Bises ma belle

  2. Lulu dit :

    Ma Kaymet, ton billet résonne fort, fort, fort en moi… (comme souvent d’ailleurs, mais tout particulièrement celui-ci !).
    La question de la transmission de la culture d’origine de mes parents à nos (soyons fous !) enfants est pour moi une question essentielle !
    Même si je suis une vraie looseuse en terme de fertilité, je t’avoue que pas un jour ne passe sans que je pense à la manière dont j’aimerais transmettre ma langue et de ma culture d’origine.
    Pas facile facile quand dans le couple on ne parle qu’exclusivement en français, mais il me tient à coeur de réussir si un jour j’ai la chance… enfin tu sais…
    C’est très important pour moi et même si je ne suis pas mère (peut-être ne le serais-je jamais…), j’y ai déjà plus que réfléchi. J’en parle aussi beaucoup en psychanalyse…
    Les berceuses, les livres d’enfants, les histoires… Comme tu le dis si bien, tout ceci est un trésor. A nous d’aider nos enfants à vivre le plus harmonieusement possible avec cette double voire triple (pour vous) culture.
    Quelle richesse ! Votre/vos enfant(s) aura/auront beaucoup de chances…

    • Kaymet dit :

      Lulu, tu sais qu’en écrivant mon billet aujourd’hui, je pensais à toi – bon certes, c’est une journée où j’ai particulièrement pensé à toi… mais au-delà de ton actualité du moment, je me disais que ce sujet de la transmission d’une langue, d’une culture, j’aimerais à l’occasion en discuter avec toi 🙂
      J’espère vraiment qu’on pourra très bientôt échanger nos impressions de mères dans ce domaine (comme dans d’autres).
      Je t’embrasse fort

      • Lulu dit :

        Avec plaisir pour échanger sur tout ce que tu veux bientôt !
        Et puis ça me ferait tellement plaisir de te revoir…
        Fais-moi signe si tu passes un de ces 4 sur Paris…

      • Kaymet dit :

        Promis quand je passerai sur Paris je te ferai signe!
        Je t’embrasse fort

  3. damelapin dit :

    Transmettre un héritage, c’est merveilleux. J’ai des racines un peu partout dans le monde, mais mon cœur penche vers la culture anglosaxone. Ni Sieur Biquet ni moi sommes anglais/américains, mais quand nous aurons notre enfant, je lui lirais des histoires de Peter Rabbit et lui chanterait Twinkle Twinkle Little Star 😉

    • Kaymet dit :

      Oh oui, Peter Rabbit et Twinkle Twinkle Little Star – j’aime beaucoup. J’ai trouvé récemment sur internet un chouette CD que je prévoir d’acheter, où des femmes chantent des berceuses du monde entier a cappella. J’y ai retrouvé « Mama’s gonna buy you a mockingbird » que je n’ai plus entendu depuis je ne sais pas quand, mais que j’aime vraiment beaucoup.
      Courage pour l’attente – peut-être que d’ici peu tu iras t’acheter les livres de Peter Rabbit… je te le souhaite en tout cas!!!

      • damelapin dit :

        loool je les ai déjà acheté, l’année dernière on a crapahuté au lake district, on a visité la maison de beatrix potter et j’y ai acheté les livres certifiés de là-bas 😉

      • Kaymet dit :

        C’est drôle je m’en doutais un peu en te répondant la dernière fois 😉 😉

  4. Que tout cela me parle… les livres bilingues (difficile à trouver, et encore ce n’est pas tout à fait la bonne langue) qui jonchent sur la bibliothèque (et que j’avais ressorti… que j’avais acheté il y a de cela 5 ans déjà…), les bouquins pour parler de leur second pays (celui de Chérid’A)… les voyages (à – de 2 ou 3 ans c’est free) à prévoir pour que les deux cultures soient présentes… les nourritures… les expressions… les habits… les traditions… et tant d’autres choses…
    Mais aussi la question génétique de l’autisme (la recherche est encore balbutiante là dessus) (le risque est plus que faible… encore peu déterminé (génétique ne veut pas toujours dire héréditaire)… voire contradictoire selon que le médecin avec qui tu en parles… risque faible car déjà très faible dans la population… mais à risque plus élevé, semble-t-il, dans les fratries… et qui me ferait davantage « angoisser » pour un garçon)… et la question possiblement héréditaire des OPK (pour une fille… ma mère est OPK, je le suis aussi… mais il semble que ma soeur ne le soit pas). Que de choses à transmettre, rien ne fait peur, juste envie de transmettre le meilleur…
    Vous trouverez les astuces pour transmettre tout ceci, nul doute là dessus. Vous êtes déjà, depuis bien longtemps, des parents merveilleux… !
    Des bises

    • Kaymet dit :

      Merci jolie Bounty – comme tu dis, rien ne fait peur, on veut juste transmettre le meilleur.
      Bientôt, très bientôt, tu rouvriras ces livres et tu te reposeras ces questions avec un sourire au cœur. J’ai hâte que ce jour arrive.
      Gros gros bisous

  5. Quel beau patrimoine à enseigner à vos enfants (moi je suis certaine qu’il faut mettre des « S »).
    C’est très important de connaître ses racines, elles font partie de l’histoire de chacun.
    Nous de notre côté nous transmettrons (un jour peut être) du français bien de chez nous car ni lui ni moi n’avons de racines étrangère. Enfin, nous sommes un peu Suisses… l’avantage c’est que pour la langue nous ne sommes pas embêtés 🙂 !
    Vous avez une jolie langue à transmettre (et une autre du côté du Papa si j’ai bien compris) alors pas d’hésitation!!!!
    Des bisous

  6. Lily dit :

    La transmission, j’y pense souvent. Qu’est-ce qu’on transmet quand on ne transmet pas ses gènes ? En ce qui me concerne je suis franco-française depuis des générations, je n’ai donc pas de culture particulière à transmettre. Du coup, je trouve ça plus compliqué, moins identifiable.
    Bisous ma Kaymet !
    Lily.

    • Kaymet dit :

      Comment ça pas de culture particulière à transmettre? Mais la culture française est une culture magnifique, et il y a de quoi faire!! 🙂 🙂
      Je comprends que la question de la transmission des gênes ne soit pas une question facile. Mais je suis intimement convaincue qu’au-delà des gênes, ce qui compte avant tout est ce que l’on transmet par sa présence, par les échanges; c’est comme ça que l’enfant se construit, crée ses repères.
      Gros bisous Lily

      • Lily dit :

        Tu as raison. Mais je crois que ma grande question finalement est : qu’est-ce qui forme le caractère, la personnalité ? L’éducation ou les gênes ? Petites angoisses du moment à l’approche du jour J.
        Bisous.
        Lily.

  7. Ma chère Kaymet,
    Je ne sais pas quelles sont vos langues maternelles que vous voulez transmettre, mais as-tu regardé du côté de la collection de Didier Jeunesse? Je suis très très fan de leur collection de berceuses et comptines du monde, qui comblent la linguiste et musicienne que je suis, ils sont au top à tous les niveaux, je trouve qu’ils ont vraiment fait des petits bijoux, il y a les paroles en langue originale (et graphie originale si ce doit être le cas, + translittération au besoin), la traduction, de courtes notices d’explication sur les chansons, des superbes illustrations…
    Vraiment je conseille! J’avais acheté les berceuses et comptines du Jardin d’Eden bien avant que notre petit miracle se loge en moi…
    http://didierjeunesse.com/component/catalogue/?view=catalogue&clef1=cat_collection&clef1val=4&titre=Comptines%20du%20monde&nlpp=12&cp=1

    (et si ta langue maternelle est le catalan, as-tu déjà écouté des chansons ou berceuses de Jordi Savall/ Monserrat Figueras? Ça en plus, pour être de la bonne musique, ça en est…Une qui me touche particulièrement est celle-ci, qu’elle chante et joue avec Arianna sa fille http://www.youtube.com/watch?v=z26GQaiS6TY )

    Bises à toi et ton petit habitant!

    • Kaymet dit :

      Linette, quel plaisir de te lire. L’autre jour je pensais à toi et me demandais comment tu allais, si ton miracle avait pointé le bout de son nez ou pas encore – et puis le lendemain je lisais ton commentaire 🙂
      Merci beaucoup pour ce lien. Je pense que j’y commanderai un CD ou deux – ça a l’air effectivement très bien fait. Je suis étonnée qu’ils n’aient rien des pays nordiques (mon chéri est originaire des Pays-Bas). Je connais aussi quelques-uns de leurs livres pour enfant, que j’aime beaucoup.
      Ma langue maternelle n’est pas le catalan (c’est le tchèque), mais la chanson que tu m’envoies est magnifique! Merci!!
      Donne-moi de tes nouvelles, ça me ferait très plaisir.
      Bises

  8. marieeveblog dit :

    La transmission….
    J’ai un oncle qui a marié une américaine. Les enfants ont été élevés dans les deux langues… Mais j’avoue que la transmission de l’anglais est peut-être plus simple. Surtout dans un contexte comme celui du Québec.
    Dans mon cas, c’est la culture et les racines qu’on tient à transmettre à notre fille. Le papa est français et moi québécoise (je ne dis pas canadienne, car là encore il y a une grosse différence de culture) et nous habitons au Québec. Elle a reçu la double nationalité à sa naissance. Un beau cadeau. De mon côté, pour m’assurer que ses racines françaises ne soient jamais oublié, j’ai aussi demandé la nationalité française….
    Je suis persuadée que vous réussirez à trouver l’équilibre dans les langues à la maison.

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