Me retrouver

Il dit : « Est-ce que vous ressentez de la tristesse ? »

Et je sens la vague me submerger.

Pleurer, un peu, chez l’acupuncteur ; pleurer, un peu, chez l’ostéopathe ; et lâcher les vannes, seule, chez moi – m’autoriser à être triste.

Même si

Même si de bien des points de vue j’ai de la chance, et j’en ai bien conscience.

Je me sens heureuse, vraiment. Enfin, non, pas entièrement ; mais comparé à « avant »… enfin non, c’est juste incomparable.

Mais je crois bien que je me suis perdue.

Au détour de certaines lectures de blogs, je me reconnais.

Chez Crevette, qui rappelle l’isolement que provoque l’infertilité, la « lente descente aux enfers si elle se prolonge », et la déstabilisation que cela peut provoquer au niveau individuel. Je me rends compte à quel point c’est vrai, même si j’ai mis en place tout un tas de mécanismes pour compenser, pour cacher, pour passer outre. Et que ce n’est pas parce que ma fille est enfin là aujourd’hui, que je ressors de tout ça réparée – surtout quand, comme le dit si bien Simone, l’infertilité a été mon « fond d’écran permanent » pendant 12 ans avant que mon miracle ne pointe le bout de son test positif. Surtout aussi quand la PMA rythme encore et toujours notre vie ; dans des conditions bien plus apaisées, on est d’accord, mais elle est toujours là, à nous bloquer sur certains choix de vie, à nous limiter dans certains échanges avec nos proches, à nous entourer des points d’interrogations qu’on a si bien appris à connaître, et parfois, de guerre lasse, à accepter.

Je me souviens d’une jeune femme dynamique, investie dans son boulot, pleine d’énergie positive même si ce n’était pas simple tous les jours, qui passait ses soirées entre les cours de théâtre, de kung fu, les bars et les restos, les week-ends et vacances à voyager à travers le monde ; qui se maquillait tous les jours, aimait acheter des fringues chez des petits créateurs, et prenait plaisir à s’habiller en pensant aux commentaires sympas qu’elle aurait peut-être de ses collègues de boulot.

Le boulot n’est aujourd’hui que l’ombre de ce qu’il était, j’ai troqué depuis des années les jupes et les talons contre mon uniforme jean/t-shirt/converse, et je sais à peine dire où j’ai mis mon maquillage. Je me suis reconnue aussi chez LWB : en infertile qui ne sait plus s’habiller, qui ne sait plus choisir des habits sympa – cela fait une éternité que je n’ai pas acheté autre chose que ce qui rentre dans la catégorie ‘basique’, et encore, en quantité vraiment limitée (ah si tiens, cet été, une petite robe pour une occasion spéciale- qu’est-ce que ça m’a fait du bien… le début d’un changement ?)

Bien sûr, je n’ai plus le même âge, plus les mêmes envies, plus les mêmes contraintes aussi ; c’est normal d’évoluer. Mais je crois qu’au fil des années je me suis désinvestie moi-même, et je me suis en quelque sorte un peu éteinte.

Je vais essayer, petit à petit, de me retrouver. Ça va prendre du temps, mais l’idée me plait.

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27 commentaires pour Me retrouver

  1. miliette dit :

    Je te souhaite de belles retrouvailles avec toi – même 🙂

    (Je comprends tout à fait ce que tu veux dire !)

  2. bulle007 dit :

    Je te souhaite un bonheur total, sans l’ombre d’un nuage. Bientôt.
    Tu es peut-être une des personnes les plus extraordinaires que j’ai eu sur ma route, gentille, douce, intelligente. J’ai un sentiment d’inachevé et j’espère pouvoir être là, comme toi tu as été la pour moi, dans le moment le plus important de ma vie.
    Je t’embrasse bien fort

    • Kaymet dit :

      Tu parles d’inachevé, et oui, bien sûr, j’aurais vraiment aimé que l’on vive nos grossesses en parallèle; ça aurait été un brin magique au-delà de la magie de la vie déjà présente – mais l’histoire est différente, et ce n’est pas grave, c’est que ça ne devait pas se passer comme ça. En tout cas, il ne faudrait pas que ça t’empêche de vivre ta grossesse pleinement (je ne pense pas que ce soit le cas, mais je sais que parfois on peut se sentir presque coupable de réussir – or cette « culpabilité » n’a pas lieu d’être). Quoi qu’il en soit, on s’est soutenues mutuellement, et c’était pour moi aussi très précieux. Merci pour ces moments et merci pour tes mots, qui m’ont beaucoup touchée.
      Gros gros bisous à toi et à ton petit pois, plus si petit que ça… et à bientôt!

  3. marieandpma dit :

    Kaymet, je sors (enfin) de l’ombre pour essayer de te transmettre un peu de courage, bien que tu n’en aies pas besoin … J’admire ta ténacité dans ton si long parcours, je n’en aurais pas fait le tiers !
    J’essaie aussi d’avoir mon deuxième enfant après un premier obtenu grâce à la pma (mais avec un parcours finalement court), et je partage ton avis, ce n’est bien sûr pas pareil que pour le premier, quand on ne sait pas si nous serons mère un jour, mais je me trouve quand même bien abattue à chaque nouveau J1 …
    En espérant que tu te retrouves avant tout …

    • Kaymet dit :

      Oh tu sais d’autres ont eu (ou ont encore malheureusement) des parcours autrement plus compliqués que le mien! Et puis on ne peut réellement savoir si on est capable de suivre un parcours que lorsqu’on y est confronté et que le choix s’impose – c’est alors presqu’un non choix… tant mieux si ton petit H a su vous trouver relativement ‘vite’ – je te souhaite que le/la second(e) ne se fasse pas trop prier non plus! Mais bien sûr, ça reste difficile, même si le premier est déjà là pour égayer les journées, surtout quand pour d’autres autour de nous c’est si simple et naturel.
      J’ai d’abord cru que tu étais encore à Paris, je t’aurais proposé un petit thé un de ces jours, mais je crois bien que ça ferait un peu loin pour toi maintenant 🙂
      Merci en tout cas d’être sortie de l’ombre 😉

      • marieandpma dit :

        Oh c’est trop gentil Kaymet d’avoir envisagé un petit thé, ça m’aurait fait bien plaisir de te rencontrer. Je vais à Paris environ une fois par mois quelques jours pour le travail, mais c’est toujours en coup de vent … Merci de ta gentillesse en tout cas et à bientôt.

  4. Automne dit :

    Je suis étonnée de lire ce que tu décris (même si j’en comprends / partage certains aspects) de réaliser que ce que j’ai vu de toi était une version « incomplète » (à tes yeux) du vrai toi ou plutôt de l’ancien toi. Parce que moi ce que je voyais c’était une jeune femme harmonieuse, équilibrée et d’une sincérité peu commune, le genre de jeune femme avec laquelle tu deviendrais bien amie et donc tu sais qu’elle serait spéciale. Je te souhaite de te retrouver ou du moins de retrouver certains côtés de la Kaymet « d’avant tout ça » qui te manquent aujourd’hui et qui devraient pas mal se conjuguer avec celle que tu es devenue. Je t’embrasse fort.

    • Kaymet dit :

      Merci ma belle pour ton commentaire, très touchant… et qui m’a bien fait cogiter ces derniers jours!
      Je crois que ‘tout simplement’, une des difficultés pour moi vient de l’évolution progressive côté pro – cette évolution était à la fois bienvenue parce qu’elle m’a permis d’avoir une très grande flexibilité et disponibilité pour gérer la PMA, puis mon petit miracle, puis aujourd’hui les deux à la fois; en plus me mettre à mon compte m’a permis de me mesurer un peu à moi-même côté pro et de voir ce que j’étais capable de faire, avec un résultat plutôt chouette et forcément plein de choses apprises au fil du temps. Mais en même temps, par étape, je me suis éloignée de la vie sociale que j’avais avant: en partant à l’étranger, on s’est éloigné physiquement des amis et de la famille (ce qui nous arrangeait bien par certains aspects, vu qu’on se sentait de plus en plus en décalage du fait de l’infertilité justement), et même si on a reconstruit autre chose, ce n’était pas comparable – et puis en quittant le monde de l’entreprise, j’ai ensuite arrêté de côtoyer des collègues au quotidien. Et je sais qu’aujourd’hui tout ça me manque beaucoup. Alors oui il y a parfois des moments de respiration qui me permettent de me reconnecter à tout ça, à un semblant de vie sociale, et nos petits thés en ont fait partie; du coup effectivement, ce sont des moments pendant lesquels j’ai l’impression de me retrouver un peu.
      Tout ça m’amène à me dire qu’il me faut réellement évoluer vers quelque chose de différent d’un point de vue pro, et dans l’ensemble un meilleur équilibre côté vie sociale. Ça avance, ça avance.
      Tout n’est pas perdu 😉 😉 😉

      • marieandpma dit :

        Oh en plus je vois que tu travailles de chez toi également, comme moi ! Et du coup je comprends tout à fait ce que c’est que de ne plus avoir de collègues au quotidien … Le travail à la maison, c’est de la flexibilité mais de la solitude aussi … 😦

      • Kaymet dit :

        Oui c’est tout à fait ça: flexibilité et solitude!

  5. julys974 dit :

    Je n’ai pas eu la chance de te rencontrer IRL, mais je partage ce que dit Automne… Tu es bien plus que ce que tu as l’impression d’être !! Nos échanges, en juin dernier, m’ont laissé entrevoir cette femme éveillée, généreuse, maman incomplète mais pour autant reconnaissante… Bref, j’ai vu à travers tes mots une bien jolie personne !!
    Alors oui, évidemment, on a parfois l’impression de s’oublier en chemin… Je me suis oubliée toute ma vie, et je commence à peine à faire connaissance avec moi-même… Donc ce que tu exprimes me parle, forcément…
    Parfois, comme ces deux derniers jours, je ressens encore cette fragilité qui m’a accompagnée durant des années. Mais je me sens plus forte et je sais que si elle est là aujourd’hui, c’est que j’en ai besoin… Demain, je me sentirais de nouveau prête à déplacer des montagnes !! Mais aujourd’hui, j’accueille la tristesse, la fatigue et tout ce qui va avec…
    Ma psy me dit souvent qu’il faut avant tout être une bonne mère pour soi-même… Alors peut-être que tu pourrais justement t’autoriser à faire les boutiques et à t’offrir des nouvelles fringues. Ou à faire tout ce qui pourrait te plaire !! Je crois que l’essentiel est là: ne pas oublier de se faire plaisir… Par chance, je n’ai jamais oublié et je crois que c’est là que je puise ma force…
    Bref, tout ça pour dire que je te souhaite du fond du coeur de réussir à voir ce que nous avons pu lire en toi, et que tu puisses de nouveau prendre soin de toi.

    • Kaymet dit :

      C’est très juste ce que tu dis à propos d’être une bonne mère pour soi-même. Je crois qu’un des éléments de mon questionnement vient du fait que je me suis beaucoup consacrée à mon entourage ces dernières années (à ma fille bien sûr, mais pas uniquement), et que je n’ai pas assez pris le temps de m’occuper de moi. Or je pense que c’est essentiel, surtout que je crois profondément dans le fait qu’on ne peut réellement apporter du positif aux autres que lorsqu’on est bien soi-même.
      Merci pour tes conseils pleins de sagesse (comme toujours 🙂 ), et aussi pour tes jolis et gentils mots.
      Je rêve parfois d’un voyage sur ton caillou – qui sait?

      • julys974 dit :

        Alors nous aurons la chance de nous rencontrer si ton rêve se réalise !! 🙂
        Comme toi, je me suis oubliée toute ma vie… Or, en donnant autant aux autres, on attend qu’ils prennent soin de nous à leur tour. Résultat: on est systématiquement déçue, on s’épuise et cherry on the cake, on se rend encore plus malheureux…
        Bref, c’est très compliqué de changer ses habitudes, mais même s’il y a des rechutes, je crois qu’à force, ça peut devenir automatique… Bises.

  6. Marinette dit :

    Oh comme je te comprend. Tout pareil ici.
    Etre mère et femme c’est difficile.
    En avoir conscience c’est déjà un bon début. Au pire, il y a toujours la solution Christina magnifiiiique ma chérie (oui j’avoue je me suis déjà renseignée sur ses tarifs). On doit retrouver notre style.
    Bisous et bon courage.

    • Kaymet dit :

      Hahaha! Si tu fait appel à Christina, tu viens nous raconter!!
      C’est vrai ce que tu dis, on doit retrouver notre style – le même? un autre? en tout cas celui qui nous convient maintenant.
      Je vais déjà commencer par un tri dans mes placards!
      🙂

  7. Les apparences sont parfois trompeuses pour bien des gens… Et assurément, le coeur est lourd pour bien du monde sur cette planète. Plus le temps avance, plus la naiveté s’envole, plus la fatigue grandit, plus le gout de l’insouciance n’est plus, plus… Et quand on y ajoute un dose de PMA, soit un abominable truc qui nous fait douter… in fine de tout et de soi-même, alors il en faut des litres d’énergie pour se regonfler à bloc et croire de nouveau en tout… Néanmoins, j’espère qu’on se sort de cercle vicieux attente-stand-by-rêves bloqués-attente-vivoter… avant la fin de la PMA, que l’on t’espère bien entendu à toi, et à tous, fructueuse et le plus rapidement possible. Parce que bon, happer l’air en sortant sa tête du bocal, ça peut pas durer des années sans péter un boulot, soyons francs ! Alors 12 ans, boudiou, y’a de quoi devenir dingue… et ne plus savoir comment on était avant… Je te souhaite donc un brin (gros le brin) de légerté, d’insouciance, de joies simples (et prendre une pause rien que pour soi, c’est dedans)… et un immense positif tout bientot ! Des énormes bises chère Kaymet

    • Kaymet dit :

      Merci ma jolie (pour tout 😉 )!
      Et bien puisque j’ai décidé de prendre soin de moi, je prends tout: la légèreté, l’insouciance, les joies simples – et le positif bien sûr! (et c’est clair que celui-là, il a intérêt à se démultiplier au maximum sur la blogo)
      Bisous

  8. tinkieginie dit :

    C’est dur, et triste de se rendre compte que la PMA nous a enlevé une partie de celle qu’on était. Je me pose encore la question de savoir si je pourrai me retrouver « tout à fait » un jour, je l’espère fort, et encore plus pour toi aussi. Courage à toi, tu es sur le bon chemin. Bises.

    • Kaymet dit :

      Merci tinkieginie – qu’on le veuille ou non, la PMA nous malmène; c’est une drôle d’impression: je me sens à la fois plus forte d’avoir traversé tout ça, et à la fois plus fragile à l’intérieur de moi.
      En tout cas je te souhaite aussi de te retrouver vite!
      Bises

  9. september75 dit :

    Comme Automne j’ai eu la chance de te rencontrer et de voir moi aussi une jeune femme équilibrée et très sincère. Je te souhaite à mon tour de te retrouver et/ou de retrouver de la légèreté tout simplement… Grosses Bises

    • Kaymet dit :

      Merci September, vous me touchez beaucoup les filles… équilibrée sans doute, mais disons que l’équilibre est parfois un peu instable et que je travaille à le renforcer! Mais tu as bien raison, c’est sans doute (peut-être paradoxalement), une plus grande légèreté qui le renforcera.
      Je t’embrasse fort

  10. Fortuna dit :

    J’ai le même sentiment que Automne et September. Nous n’avons donc pas fait assez de tea time pour bien se connaître ;-). Bon tri dans tes placards et à bientôt en live j’espère ! Grosses bises
    PS: tiens-nous au jus quand tu démarres la fiv!

    • Kaymet dit :

      Ah j’aimerais bien qu’il y en ait plus encore des tea time 😉 Mais je ne doute pas que l’avenir nous permettra d’une manière ou d’une autre de combler ces lacunes 🙂
      (et du coup, tu m’as motivée pour un nouveau post, puisque ça y est, la FIV a démarré – on devrait se suivre de près au final; ponction a priori vers la mi-octobre ici)

      • Fortuna dit :

        Je n’avais pas réalisé qu’on allait se suivre de si près ! Tant mieux, on va se soutenir, nous sommes 4 avec Justomate et mme icsi ! Grosses bises Kaymet

      • Kaymet dit :

        Bon au final un peu plus de jours de décalage, mais c’est clair qu’on va se soutenir!!
        J’ai les doigts déjà tout croisés pour toi pour demain!
        Gros bisous ma jolie

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