L’alternative

En arrivant chez la doc D il y a un mois (jour pour jour, je m’en rends compte en l’écrivant), je ne m’attendais pas à ce scénario – mais on s’attend rarement aux scénarios PMA – embryons de trop mauvaise qualité, inutile de refaire une FIV, les résultats ne seront pas meilleurs.

Des options, il y en a plusieurs : une cœlioscopie pour s’assurer que les trompes vont bien et qu’un miracle naturel est réellement possible ; une FIV-DO à l’étranger ; s’arrêter là, ou plutôt continuer à vivre tout simplement, mais sans la PMA.

En sortant de là, j’étais persuadée que Mr était pour l’option DO (il m’avait parlé de partir faire une FIV en CZ), et pendant le chemin du retour, tout en longeant cet hôtel au nom très évocateur, j’essayais de me convaincre que c’était une option possible, acceptable. La doc D m’avait filé le nom d’une psy à aller consulter pour y voir clair dans tout ça.

balmoral

Et puis en fait non, Mr n’avait absolument pas en tête le DO (mais une simple FIV à l’étranger pour s’extraire des lourdeurs et longueurs administratives françaises), et cette option ne lui semblait pas du tout acceptable.

Il y a quelques jours, je lui ai redemandé si c’était vraiment exclu – il m’a répondu qu’il y avait pas mal repensé ces derniers jours et qu’il ne savait plus trop quoi en penser…

 

Vous connaissez le jeu Othello ? Dans ma tête c’est ça : une fois c’est le côté noir du pion, la minute d’après le côté blanc – je ne sais d’ailleurs pas quelle option est la blanche et quelle option la noire, je sais juste qu’elles s’opposent complètement dans ma tête et que j’ai du mal à y voir clair.

 

Quand je pense à la FIV-DO, c’est un mélange d’espoir énorme (50 à 70% de chance de réussite affichés ; le doc D me dit que vu que j’ai mené à terme une grossesse sans souci, il y a vraiment de bonnes chances de succès) et de questions existentielles.

 

Comment gérer une situation dans laquelle nous aurions une fille qui a mes gênes et un ou deux autres enfants qui ne les ont pas :

  • Quel risque de comparaison entre eux (la doc D m’a spontanément dit : « dans ce cas il serait préférable d’avoir un garçon pour le second, pour éviter de comparer… ») ?
  • Est-ce que je risque de moins aimer le ou les petits ? Ça peut paraître tordu comme question, mais comment savoir à l’avance ce que l’on pourrait ressentir… je sais que beaucoup d’entre celles qui sont passées par la FIV-DO se sont posé tout un tas de questions sur est-ce qu’elles allaient aimer leur enfant, avoir l’impression que ce n’est pas le leur etc. Les questions sont les mêmes ici, mais avec la dimension fratrie bio/DO en plus…
  • Comment les enfants eux-mêmes percevraient-ils cette différence plus tard ?

 

Et puis plus généralement, serait-ce raisonnable de se lancer dans une telle aventure maintenant ? Avec les risques d’échec et de fausse couche qui l’accompagnent et du coup de nouveaux drames à gérer qu’on pourrait s’éviter.

 

Aujourd’hui, mon ressenti est que ce n’est pas une option à poursuivre, qu’il nous faut nous arrêter là et apprécier d’être enfin sortis de tout ce parcours éprouvant.

Mais je sais aussi que c’est l’ultime chance d’avoir peut-être une fratrie, et que c’est maintenant qu’il faut se poser la question, pour ne pas regretter plus tard. Alors je continue à me questionner… et comme je sais que vos commentaires m’aident bien souvent à avancer, je partage mes questionnements avec vous.

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Les enfants volés

Un couple en situation de précarité sociale et financière, mais qui s’aime et attend un petit bébé. Bébé qu’on va leur arracher, dès la maternité, en se basant simplement sur l’hypothèse que peut-être un jour, vu leur situation, ils risquent d’être des parents maltraitants… Ils vont tout tenter pour récupérer leur petite fille, mais n’auront strictement aucune chance face aux rouages de l’administration.

Un couple qui va consulter pour un souci de santé chez leur cadet, et qui se retrouve accusé de maltraitance par les mêmes médecins auprès desquels ils venaient chercher de l’aide. Leurs trois enfants leur seront immédiatement enlevés et ne reviendront jamais chez eux. Quand un spécialiste américain montrera que la fracture à la cheville du petit gars était liée à une carence alimentaire qui a affaibli ses os (apparemment le gamin refusait de boire autre chose que du lait de soja), il sera trop tard pour que les parents puissent espérer récupérer leurs enfants – dans l’intérêt des petits, il vaut mieux ne plus bouleverser leur quotidien… désolés messieurs dames, la justice a fait une terrible erreur, pas de chance pour vous.

Une jeune femme enceinte qui s’exile pour aller accoucher dans le pays voisin car elle a bien compris que sans ça les services sociaux lui prendraient son bébé à la naissance. Pourquoi ? Parce que sa grande sœur s’est suicidée quelques années plus tôt en laissant un nourrisson derrière elle, et qu’à ce moment-là, alors qu’elle devait avoir quelque chose comme 16 ans, cette petite sœur en détresse a osé boire de l’alcool… alors bien sûr, impossible de lui laisser la charge de son bébé, trop risqué….. !??!???

Des services sociaux à qui l’on fixe des objectifs en termes de nombre d’enfants à faire adopter… que la loi autorise à retirer des enfants de leur famille en cas de suspicion de possible future maltraitance… une loi qui par ailleurs interdit à ces familles, à leurs avocats, journalistes ou autres de communiquer sur ces enfants – enfants qui seraient des centaines, peut-être des milliers…

Ce reportage sur ce qui se passe au Royaume-Uni m’a écœurée. Il est encore en replay pendant 2 jours, ici.

 

J’avais déjà été choquée par les trafics d’enfants dans ces pays soi-disant développés – je me disais alors qu’au moins, même si certaines histoires étaient encore très récentes, c’en était a priori terminé de tout ça. Mais finalement non, ces dérives actuelles outre-manche ne valent pas mieux.

Voici les trafics dont je parle :

  • Au Royaume-Uni (encore !) depuis des siècles et jusqu’à le fin du 20e siècle, des enfants orphelins ou pauvres étaient envoyés dans les colonies britanniques et notamment en Australie, où ils se retrouvaient à travailler dans des fermes (ou à subir des abus sexuels dans des monastères dans un certain nombre de cas, c’est tellement fun…) – on leur racontait que leurs parents étaient morts (ce qui dans bien des cas était faux sachant que parfois ils avaient été enlevés abusivement à leurs familles) et qu’ils auraient une vie bien plus agréable au soleil. En réalité le but était avant tout que ces enfants coûtent moins cher à l’Etat. J’ai découvert ce magnifique épisode de l’histoire de nos voisins en regardant le film « Oranges and Sunshine ».
  • En Espagne, un superbe trafic de bébés subtilisés à la maternité pour mise en adoption, initialement pour des raisons idéologiques pendant le franquisme, qui a continué pendant des décennies et jusque dans les années 1980. On racontait aux mères que l’enfant était mort-né – petit cadavre à l’appui (macabre oui, mais véridique). Les estimations du nombre de bébés concernés vont de 30 000 à 300 000… Aujourd’hui l’Espagne est à la pointe des bases de données génétiques dans le but d’essayer de mettre en relation ces bébés volés (aujourd’hui adultes) avec leurs mères génétiques.
  • Aux Etats-Unis, c’est entre la moitié du 19e siècle et le début des années 1920 que de l’ordre de 250 000 enfants pauvres, orphelins ou abandonnés ont été envoyés plus à l’ouest du pays, généralement pour travailler dans des fermes. Cette histoire-là, je l’ai découverte en lisant la BD « Le train des orphelins ».

Il y en a sûrement eu bien d’autres, que je découvrirai ici ou là, avec toujours autant de tristesse.

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La fin des rêves

Un jour tu me demanderas pourquoi on n’en a pas eu d’autres, pourquoi seule ta petite branche vient fleurir sous nos noms.

J’aurai sûrement du mal à garder les yeux secs.

Je te raconterai la vie, telle qu’on l’avait rêvée – les jeux, les chamailleries, les spectacles, les complicités, les jalousies. Les « calmes-vous les enfants ». Combien on aurait voulu avoir plus de rires comme le tien dans notre quotidien.

Je te répèterai ce que m’a dit ton grand-père quand j’étais enfant, je ne sais plus à quel sujet : que la vie n’est pas juste, la justice, ce sont les hommes qui l’ont inventée.

Je te raconterai le miracle que tu as été pour nous, que tu es, que tu seras toujours.

Je te dirai qu’on n’a pas pu en avoir d’autres, mais que toi tu as été le plus beau cadeau de la vie, et que tu ne cesseras jamais de nous émerveiller et de nous attendrir.

Je me rappellerai combien ce jour, le jour de la fin des rêves, a été douloureux. Comment ton père et moi on s’est serré si fort en pleurant silencieusement pour ne pas que tu nous entendes, à quelques mètres de là. Et comment tu as su quand même qu’on avait besoin de réconfort, qu’on avait besoin, justement à ce moment-là, de jouer à ton jeu préféré : jouer à inventer des rires chacun notre tour. « Papa, tu rigoles ? », « et maman, tu rigoles ? », « et moi, je rigole !»…

Comme ce rire d’Emilie que tu aimes tant…

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Il m’arrive encore

Il y a des moments où je me prends à croire au fond, tout au fond, que peut-être quand même encore on pourra essayer – il nous reste deux mois, c’est possible (sauf que je n’ai pas de nouvelles de la doc, malgré quelques relances, et que je commence à penser qu’elle va me laisser poireauter jusqu’à ce qu’il soit trop tard). En même temps, recommencer pour un résultat des plus incertains, est-ce vraiment une chance ?

Il y a même eu un moment où j’ai pensé que peut-être on pourrait aller du côté de chez moi, dans mon pays d’origine, chercher l’aide que bien d’autres y ont trouvé (même si malheureusement pas toutes). Mais suis-je prête à ça ? Le sommes-nous ? Je crois comprendre entre les lignes que Mr l’envisage. Mais ça ferait tellement de bien de juste s’arrêter, enfin. De laisser tomber cet… « acharnement »( ?).

Il m’arrive encore de me dire que la vie serait peut-être capable de me faire un cadeau inattendu, au détour d’un cycle, quand on aura décidé de tout oublier.

Mais la plupart du temps je me dis juste que la vie qu’on a, c’est la vie qu’on aura, et qu’elle est déjà bien jolie, même si ce n’est pas celle dont j’ai toujours rêvé – mais qui a la chance de vivre sa vie rêvée ?

La plupart du temps je regarde ma puce et je me dis qu’on a déjà tellement de chance d’avoir une petite qui a absolument tout pour nous plaire, sans exception (en toute objectivité bien sûr).

Je me dis alors qu’on pourra choisir de voir la partie pleine du verre. Qu’avec un seul enfant, on pourra plus facilement (continuer à) voyager, lui faire découvrir le monde.

Je sais que quelque part dans les méandres de ma tête et de mon cœur, il y a une tristesse liée à tout ça qui se cache – je l’ai touchée du doigt quand j’ai eu envie de réécouter quelques chansons bien particulières la semaine dernière. Celle-ci, et puis aussi celle-là:

Ce que j’ai pu pleurer sur cette chanson – à l’abri chez moi, mais aussi quand LGS me regardait droit dans les yeux en la chantant il y a à peine plus d’un an… [au passage, le clip ne me parle pas du tout, mais les versions live en ligne ne rendent pas suffisamment justice à cette chanson]

Mais la tristesse n’a pas vraiment pointé le bout de ses larmes. Et d’ailleurs, le jour du non-transfert, pas une n’a coulé. La madeleine que je suis habituellement en a été bien surprise. Je m’étais sans doute suffisamment bien préparée à cette possibilité ; ça faisait partie du jeu. S’ils avaient tenu jusqu’à J5, l’espoir pour la suite était réel – mais je savais que ça relevait un peu du miracle.

Ces dernières semaines ont été bien chargées et les prochaines le seront aussi – de boulot, d’un déménagement, du quotidien. Alors je n’ai pas (encore ?) pris le temps de vous remercier toutes pour votre soutien toujours aussi précieux. Vous êtes juste… fabuleuses !

MERCI

Et pour répondre aux questions que j’ai eues ici ou là – oui, je vais bien🙂

Je ne peux bien évidemment en rien comparer mon vécu avec le sien, mais c’est cette chanson qui me vient en tête régulièrement ces derniers jours, alors voilà.

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Rater mieux

Il ont arrêté leur évolution.

Il n’y aura pas de transfert.

Le bon côté, c’est que je vais pouvoir m’occuper des cartons pour le déménagement…

rater-mieux

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La multiplication des embryons

Aujourd’hui ils sont deux…🙂

Si tout va bien, le transfert aura lieu samedi.

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Le plus petit ordinal successeur

J’avais encore quelque part au fond de ma tête l’espoir fou de voir débarquer des petits jumeaux. C’était mon fantasme – depuis toujours à vrai dire. Mais là clairement, j’avais raison de le nicher bien loin tout au fond cet espoir, et de ne plus y croire outre mesure.

Aujourd’hui nos 4 espoirs ont donné un petit embryon.

Un

Un, c’est pas beaucoup.

Un ce serait fabuleux, s’il est là pour rester, pour grandir, pour évoluer, pour apprendre de sa grande sœur.

Mais un c’est quand même bien fragile face aux aléas des jours à venir.

On en saura plus demain. S’il tient jusque-là, on saura si on attend jeudi ou jusqu’à samedi pour la suite des réjouissances.

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